Histoire des origines de la langue
française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.
Chapitre
XI.
LATIN LITTÉRAIRE DE ROME. SA FORMATION ET SA CHUTE
COMME LANGUE PARLÉE.
Etudes sur la nature du latin de Rome. — Travaux des anciens et des modernes. — Les anciens considéraient Rome comme une ville
grecque, et le latin de Rome comme dérivé du grec. — Opinions et preuves. — A quelle époque la langue latine de Rome commença à être modelée sur le grec. — Eléments italiens de ce latin. — Ses
éléments grecs. — Environ trois mille mots grecs y sont introduits. — Par qui et à quelle époque ? — Le vocabulaire latin est donc grec en grande partie. — La grammaire latine se façonne sur la
grecque. — Ce travail commence à Plaute et à Térence. — Etudes grecques à Rome. — Abus du grec. — Néanmoins ce latin, fait à l’image du grec, ne dépasse pas les limites de la société lettrée,
formée par les écoles publiques. — Organisation de l’enseignement à Rome. — Lois des empereurs à ce sujet. — Hors de Rome, le latin est une langue écrite, non généralement parlée. — Il
disparaîtra avec la société aristocratique de Rome. — C’est par la chute de cette société, non par l’invasion des barbares, que le latin a disparu comme langue parlée. — Les gouvernements
barbares ont tous maintenu le latin comme langue écrite. — Dispersion de la société aristocratique de Rome. — Invasions d’Alaric, de Genseric et de Totila. — La ville est pillée, la population
est dispersée, les monuments sont détruits. — Rome, abandonnée, est peuplée par les bêtes fauves. — Les Romains chassés, elle est repeuplée et rebâtie par des populations de toute l’Italie. — On
n’y parle plus latin, mais italien. — Poète anonyme du VIe siècle qui constate cet état de choses, — Délivrées du joug de Rome, les nationalités et les langues celtiques se réveillent. —
Renaissance et culture des patois, en Italie, en Gaule et en Espagne.
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A propos de Mario Alinei et de la théorie de la continuité
« La recherche archéologique récente n’a pas apporté la preuve d’une grande invasion indo-européenne à
laquelle cependant la linguistique reste attachée. Parmi les 70 ouvrages consacrés aux origines IE, la théorie la plus couramment admise aujourd’hui est cependant portée par des archéologues :
Marija Gimbutas, dont la thèse est reprise par J. P. Mallory (...), considère que le proto-indo-européen se confond avec la culture pastorale des kurgans, née dans une vaste aire de la Russie
méridionale et qui se serait imposée par la force, la « kurganisation » de l’Europe ayant entraîné son indo-européanisation sur le plan linguistique. Colin Renfrew (...) — autre archéologue —
remplace l’invasion des guerriers pasteurs par l’arrivée de la révolution néolithique à partir de l’Orient, offrant donc une chronologie supérieure. Mais ce modèle aussi est démenti par les
archéologues, qui donnent aux autochtones le rôle principal dans la néolithisation. Le seul modèle, selon Alinei, est celui de la continuité des populations et des langues indo-européennes et non
indo-européennes de l’Europe dès le paléolithique, sans ignorer, bien entendu, les invasions d’importance mineure et la constitution de superstrats par des infiltrations de caractère élitaire et
colonial à l’âge des métaux. (...)
« Selon Alinei, on ne peut parler de « dialectes » aux périodes les plus anciennes, mais de variations géolinguistiques : en effet,
l’existence de dialectes implique celle d’une « langue » de référence, expression d’une civilisation élitaire, qui n’apparaît qu’avec l’âge des métaux. A l’opposé de la chronologie
traditionnelle, qui place l’origine des dialectes entre la disparition des langues antiques, considérées comme des fossiles, et l’apparition des langues modernes au moyen âge, Mario Alinei est
persuadé que les dialectes actuels continuent pour partie les parlers de la préhistoire la plus ancienne. Leur conservatisme dérive de la distance sociale énorme entre les couches cultivées et
les couches dialectophones, incultes, analphabétisées et statiques. »
Jean Le Dû, review of Mario Alinei, Origine delle lingue d’Europa, Etudes celtiques n° 35,
2003.
http://www.continuitas.com/texts.html
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Histoire des origines de la langue
française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.
Chapitre
X.
LATIN VULGAIRE, OU PATOIS ANTIQUE DU LATIUM.
Le latin classique n’est pas la langue du Latium, mais celle de Rome. — Les Latins et les Romains sont deux
peuples différents ; ils ont deux langues distinctes. — Le latin vulgaire ou patois du Latium fut toujours ce qu’il est encore, une langue ne déclinant pas avec des cas, et ne conjuguant pas
avec des flexions. — Les Pélasges et les colons grecs ont donné au latin les terminaisons en us et en um. — Beaucoup de villes italiennes et de noms propres ont conservé, sous
la domination romaine, leurs noms primitifs, terminés en i et en o. — Exemples. — Substantifs italiens antiques restés indéclinables à tous les cas de la déclinaison latine. —
Exemples. — Comment le latin vulgaire du Latium formait-il le pluriel des mots et les cas ? — Pluriel formé par une s. — Exemples. — Génitif du latin du Latium formé avec la préposition
DE, à la gauloise. — Exemples. — Datif formé par la préposition AL. — Le latin du Latium avait-il l’article
LE, LA, LES ! — Opinion de Muratori sur son origine. — L’équivalent se trouve dans Plaute et dans Térence. — Il est
dans l’osque et dans l’étrusque. — Bases de la conjugaison dans le latin vulgaire du Latium. — Comme l’ombrien et l’osque, elle emploie les auxiliaires, — Exemples et analogie, tirés du latin
littéraire et de Cicéron. — Série de substantifs et de verbes appartenant au latin du Latium. — Ils sont étrangers au latin littéraire, et se retrouvent tous dans nos patois. — Mots du latin
antique, et qui sont gaulois. — Ainsi, la grammaire et le vocabulaire du latin vulgaire étaient gaulois — Ils sont restés tels. — Vers en patois moderne du Latium. — Leur traduction littérale
en gascon prouve leur identité avec nos patois. — Nom que portait à Rome le latin du Latium ou rustique. — On l’appelait latin vulgaire, militaire, usuel ou quotidien. — Auguste s’en servait
dans sa correspondance. — César avait des interprètes pour ce latin. — On l’enseignait régulièrement à Rome. — Maîtres qui l’apprirent à Marc-Aurèle. — Sidoine Apollinaire
l’écrivait.
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française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.
Chapitre
IX.
PATOIS ANTIQUES DE L’ITALIE. — L’OMBRIEN, L’OSQUE, L’ÉTRUSQUE.
Commencement modeste de la nation romaine. — Isolement des peuples italiens, causé par la différence de leurs
langues. — Les Romains leur donnent plus tard un lien, par la langue latine. — Nombre et diversité des alphabets italiens. — Langues antiques de l’Italie retrouvées dans les inscriptions. —
Nombre de ces inscriptions. — Temps qu’il a fallu pour les lire et les interpréter. — Six langues principales de l’Italie antique. — Latin rustique, ombrien, sabin, osque, étrusque, gaulois. —
Leurs limites. — C’étaient les dialectes d’une même langue. — Les anciens Italiens s’entendaient avec peine ; les Romains ne les entendaient pas. — Preuves de ce fait. — Ce phénomène se reproduit
dans l’Italie moderne, en Espagne et en France. — Comparaison de l’OMBRIEN et du LATIN. — Comparaison de l’OSQUE et du LATIN. — Ces trois langues avaient un vocabulaire commun. — Elles étaient trois dialectes de l’italien antique. — DIALECTE ÉTRUSQUE. — Principes qui doivent présider à son étude. — Le toscan moderne doit ressembler à l’étrusque ancien. — Les
Grisons ou Rhètes sont Etrusques. — Témoignages des historiens. — Leur langue justifie ces témoignages. — Exemple. — Il faut distinguer la langue sacrée des Etrusques de leur langue populaire. —
La première est encore un mystère. — Inscriptions en langue sacrée. — Inscriptions en langue populaire. — Elles sont dans les tombeaux. — Sens de larth, de thana, de
sec, d’avil. — Erreur des philologues. — Détails. — Ril. — Sens de lupu. — De tularu. — Nom des femmes étrusques. — Nom des enfants. — Interprétation
de mots étrusques. — Turcis. — Lanista. — Phius. — Subulo. — Arakos. — Æsar. — Tous ces mots sont gaulois. — Noms d’hommes, de héros, de dieux. — Les patois antiques de l’Italie
déclinent et conjuguent comme les dialectes gaulois. — Erreurs des épigraphistes réfutées par les textes mêmes. — Exemples. — Les patois antiques de l’Ombrie, du Samnium sont les mêmes que les
patois français actuels. — Preuves. — Ils ne venaient pas du latin. — Il en est de même des patois italiens modernes. — Exemples. — Ils sont identiques à nos patois. — Les uns et les autres sont
donc nationaux, originaux, et non dérivés.
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française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.
Chapitre
VIII.
ÉTABLISSEMENT DES GAULOIS EN ITALIE, OÙ LES AVAIENT PRÉCÉDÉS LES TRIBUS
LATINES, OMBRIENNES, PÉLASGIQUES ET ÉTRUSQUES.
— LEUR DIFFUSION EN EUROPE ET EN ASIE.
La Gaule fut le foyer d’où la race gauloise rayonna en Europe. — Récit de ses émigrations en Italie, où les
avaient précédés les Latins, les Ombriens, les Pélasges et les Etrusques. — Départ de Sigovèse et de Bellovèse vers le Danube et les Alpes. — Où s’établissent les tribus de Sigovèse. — Arrivée
des tribus de Bellovèse au pied des Alpes. — Passage et emplacement successif des cinq émigrations de Gaulois, entre Suze et Rimini. — Dénombrement de leurs tribus. — Dialectes apportés par les
Gaulois en Italie. — Ils s’y parlent encore, avec leurs caractères primitifs, qui sont complètement celtiques. — Ces dialectes sont communs à l’ltalie, où des tribus gauloises avaient plus
anciennement pénétré. — Histoire de ces tribus. — Les ABORIGÈNES ou LATINS. — Leur langue. — Le nom du Pic prouve
qu’elle est gauloise. — Les OMBRIENS. — Témoignages qui établissent leur nationalité gauloise. — Les PÉLASGES. — Leur
langue. — Leur arrivée en Italie. — Ils sont une branche barbare de la famille grecque, ou des Gaulois-Grecs. — Les ÉTRUSQUES. — Systèmes sur leur
nationalité. — Ils sont des habitants primitifs de l’Italie. — Leur langue a le caractère ombrien et gaulois. — Prise de Rome par les Gaulois Sénons, établis dans la Calabre. — Fables de
Tite-Live à leur sujet. — Participation des Gaulois dans les affaires de l’Europe. — Leurs traités avec Denys l’ancien et les Carthaginois. — Leur établissement en Illyrie et dans la vallée du
Danube. — Leur tentative sur Delphes. — Leur passage et leur établissement en Asie Mineure. — Royaume gallo-grec — Son histoire et sa chute. — Nationalité des Valaques, Gaulois établis sur le
Danube. — Ils sont les Tectosages, mentionnés par César.
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Histoire des origines de la langue
française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.
Chapitre
VII.
LA LANGUE GAULOISE. — SES DIALECTES. — SES PATOIS.
Les dialectes de la langue gauloise existaient du temps de César. — Ce sont les patois. — Ils étaient
l’idiome particulier des tribus gauloises. — Théories et erreurs des philologues au sujet des patois. — Le mot patois était employé dès le treizième siècle. — Il signifiait langue locale. — Tous
les peuples ont eu leurs patois. — Patois grecs, qu’on nommait dialectes. — Les patois sont la source des langues littéraires. — Nombre considérable des patois qui se parlent en France, en
Allemagne, en Italie, en Espagne, en Angleterre. — Division générale des patois français. — Doctrine de M. Littré sur les patois. — Il attribue leur formation au latin et au climat. — Faits
nombreux qui la renversent. — L’histoire et la géographie prouvent que les patois sont nationaux, qu’ils appartiennent et correspondent aux anciennes cités ou aux anciens pagi de la Gaule. —
Preuves diverses de leur antiquité et de leur nationalité. — Les noms des villes, des rivières et des montagnes sont empruntés aux langues locales, et sont antérieurs à la conquête. — Les
géographes grecs et latins les ont défigurés. — Mots appartenant encore aux patois, et qui sont cités dans les anciens auteurs grecs ou latins. — La nationalité et l’originalité des patois est
donc incontestable. — Ils constituent la langue gauloise, comme les dialectes de la Grèce constituaient la langue grecque. — Nature de la langue gauloise. — Unité de sa grammaire. — elle est
entièrement différente de la grammaire latine, par le substantif, le verbe et la syntaxe. — Erreur accréditée au sujet des dialectes du Midi. — Le gascon est un dialecte spécial. — Ses affinités
avec le bas-breton. — Unité des patois de la Gaule. — Comparaison avec le français et avec le gascon du bas-breton, du suisse, du forézien, du lorrain et du normand. — Les patois de la Gaule ne
forment qu’une seule et même famille avec ceux de l’Espagne et de l’Italie. — Culture de la langue gauloise sous la domination romaine. — Alphabet des Gaulois retrouvé. — Les bardes sont les
prédécesseurs des troubadours, qui les ont continués.
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Par Gilles Gomel
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J'ai reçu ce message de Michel Desfayes :
Cher Monsieur,
Article de Hins, version en anglais : L'autre solution n'est pas faisable car je n'ai pas l'article sur mon site. Mais vaut-il la peine de le mettre sur votre site ?
Je ne connaissais pas l'Origine du français de Jean Espagnolle avant d'avoir vu la référence sur votre site (ni l'Origine du basque que j'aurais bien voulu voir). Malheureusement
ces ouvrages ne se prêtent pas et sont donc inaccessibles pour moi qui suis loin des grandes bibliothèques.
(...)
J'espère que toutes vos difficultés sont résolues et vous salue amicalement.
Michel Desfayes
En tout tems nous avons eu une Langue Vulgaire;
mais le Latin l'avoit tellement offusquée, qu'on la croyait perdue.
Nul Auteur, pendant près de trois siècles, n'osa s'en servir en écrivant ; ceux, qui les premiers tenterent de le faire,
furent troublés par la crainte que leurs Ouvrages ne fussent méprisés,
à cause du langage dans lequel ils les composoient.
(Thibaud [13e s.] Les Poësies du Roy de Navarre, tome premier, p. ix. Guérin,
Paris.)
Ausone — "Ausonius" pardon! — (ca. 309-394), né à Bazas en Gironde, dit que son père ne parlait pas couramment le latin, mais avait une connaissance adéquate du
grec (Dom. 4, 9-10). Quelle était donc sa langue maternelle sinon le gallo-roman (le gascon, en l'occurrence) ?
Par Gilles Gomel
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L'article de Hins (précision)
C'est par erreur que je vous avais indiqué que Michel Desfayes avait retraduit l'article d'Eugène Hins d'une
version anglaise de cet article. Le texte reproduit ci-contre est bien l'original. Michel Desfayes, en revanche, en a fait une traduction anglaise que je souhaite éditer prochainement.
Je lui présente mes excuses pour cette confusion.
Par Gilles Gomel
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