Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 14:47

Lorsque Rome avait soumis un peuple, elle se l'attachait par des faveurs. La plus ambitionnée de toutes était celle de citoyen romain. Elle fut accordée peu à peu aux premières familles de la Gaule et de l'Espagne, pays riches et guerriers dont la jeunesse fournissait la principale force des armées romaines. A cette première faveur vint s'ajouter celle qui était le couronnement de toutes les autres, l'admission au sénat.

La juste ambition d'être associé aux droits et au gouvernement des Romains détermina donc, dans tous les pays soumis, un certain nombre de familles à faire apprendre le latin à leurs enfants. On se préparait alors ainsi aux fonctions publiques de l'Empire romain, comme on se prépare aujourd'hui, par le baccalauréat, aux fonctions publiques de l'Empire (1) français ; mais de même qu’aujourd'hui la connaissance du latin, donnée dans de nombreux collèges à cent mille fils de famille, ne fait pas que le latin soit devenu la langue de la France ; de même cette connaissance donnée, sous le gouvernement romain, à quelques centaines d'écoliers, dans une dizaine de collèges, ne pouvait pas faire que le latin devînt la langue de la Gaule, de l'Espagne ou de l'Italie.

Une langue étrangère n’est pas une maladie qui se gagne par le contact ; c'est une science difficile, qui ne s'acquiert qu’avec du temps, de la patience et de l'aptitude.

On trouve donc parmi les anciens Gaulois beaucoup de personnes qui cultivaient les lettres ; non seulement les lettres nationales, comme les bardes, mais aussi les lettres latines. Parmi ces dernières, les unes se destinaient aux écoles de déclamation ou à la plaidoirie ; les autres étaient généralement des enfants de puissantes familles, poursuivant la carrière des emplois et des honneurs publics ; mais à cette époque, encore bien moins qu’à la nôtre, le peuple des villes ou celui des campagnes n’avait ni le loisir, ni la fortune, ni l'ambition nécessaires pour aller dans les écoles apprendre le latin.

Or personne ne le sait sans l'avoir appris, car beaucoup l'ignorent même après l'avoir étudié.

(Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, chap. 5, Paris, 1872.)

(1) En réalité, l'Empire, que Granier avait soutenu avec zèle, avait sombré depuis deux ans quand parurent les Origines.



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 13:34

L’état de la recherche (Mario Alinei)

Je n’ai pas cru bon de corriger les quelques fautes et maladresses qui émaillent le texte de Mario Alinei, lequel ne s’exprime pas ici dans sa langue maternelle. L’article, de toute façon, est d'une grande clarté — Alinei est toujours d'une lecture simple et agréable. Concernant notre sujet, on verra que l'auteur n’a pas encore jugé utile de s’affranchir du présupposé néolatiniste, et que sa théorie s’en trouve passablement entravée, mais on ne doit pas douter pas que lui ou l’un de ses émules finira bien par sauter le pas. On a déjà pu voir (ICI) qu'il remettait explicitement en question l’attribution d'une origine récente à nos patois. Ce fut le point de départ de la réflexion de Granier de Cassagnac (Antiquité des patois. Antériorité de la langue française sur le latin). (G.)

La théorie courante parmi les spécialistes est aujourd’hui celle d’une savante américaine d’origine lithuanienne, mme Marija Gimbutas. Selon cette théorie les IE étaient des éleveurs et guerriers nomades, avec une organisation patriarcale et une religion céleste, qui envahirent l’Europe au commencement de l’Age des Métaux, environ au IV millenaire avant notre ère, en provenant de la Russie méridionale. Avant de se différencier, ils auraient subjugué les peuples qui habitaient l’Europe et l’Asie occidentale, et remplacé leur langues et leur cultures. Ces peuples subjugués, qui sont appelés pre-IE, selon cette théorie avaient des caracteristiques radicalment opposés a celles des invaseurs: ils étaient agriculteurs au lieu que pasteurs, pacifiques au lieu que guerriers, ils avaient une organisation matriarcale au lieu que patriarcale, et une religion terrestre au lieu que céleste.

Or, ce modèle est assez vulnerable. La critique principale est du côté archéologique: car l’archéologie ne dispose d’aucune preuve d’une telle invasion à  échelle continentale, ni de la totale césure qu’on attendrait de voir dans le cadre culturel de l’Europe de l’Age des Métaux si cette invasion aurait eu lieu. Et il est difficile de s’imaginer que cette gigantesque colonisation de notre continent aurait pu avoir lieu sans laisser aucune trace, d’autant plus que cette invasion serait recente.

(...)

En outre, il y a beaucoup d’autres faiblesses dans cette vieillarde théorie traditionelle. Je mentionnerais les plus faciles à être résumées.

(1)    L’idée de l’opposition ethnique, entre IE bergers et guerriers patriarcaux, et pré-IE cultivateurs pacifiques et matriarcaux n’est plus défendible à la lumière de la recherche moderne. Le problème avec cette opposition n’est pas qu’elle manque de preuves; au contraire, elle a été confirmée par la recherche moderne. Mais ce que la recherche récente a établi c’est que l’économie nomade pastorale, avec ses connotations guerrières et patriarcales, n’est pas indépendante de l’agriculture, comme on pensait au début du siècle, mais une variante secondaire de l’économie agricole, qui naît à l’intérieur, et pas en déhors, des populations néolithiques. L’opposition idéologique, d’organisation familiale et de religion est une opposition interne aux societés néolithiques, et pas une opposition entre deux populations ethniques différentes. Si il y a donc des populations de pasteurs nomades en Europe, elles doivent être des populations cousines, si non soeurs, des populations agricoles de la même aire. On ne peut pas parler donc d’opposition entre IE et pré-IE, mais seulement d’opposition entre deux différentes couches IE, ou bien entre deux couches non-IE.

(2)    Il y a eu dans les deux dernières décades aumoins trois découvertes, qui ont changé le cadre chronologique traditionnel, sans que la théorie courante en a tenu compte.

La première découverte a été que le Hittite, une langue IE déjà séparée des autres, était écrite et parlée en Anatolie en 2000 av. J.C. environ. Or, si une langue IE était déjà séparée en 2000 av. J.C., il est difficile d’admettre que le IE commun est entré en Europe peu de temps avant, comme la théorie courante prétend.

La deuxième découverte, qui a confirmé et renforcé la première, est celle qui a reconnu dans la langue dite Linéaire B, écrite et parlée en Grèce au XV siècle de notre ère (*), une variété ancienne de Grec, dite grec Mycénéen. Cette découverte est encore plus importante que la première. Car le Hittite est une langue morte, sans liens avec la réalité présente. Le Grec Mycénien, en revanche, prouvent que les Grecs étaient arrivés en Grèce, en tant que population séparée, déjà au II millénaire. Il devient donc de plus en plus difficile d’exclure que la présence grecque en Grèce était encore plus ancienne, et que le même soit possible pour d’autres langues IE, en particulier pour le Latin qui appartient à la même aire méditerranéenne que le Grec et le Hittite.

La troisième découverte concerne le Latin et les langues italiques, et a été faite par un étruscologue italien. Il a pu démontrer ce qu’il appelle la suprémacie de l’ambiance latine et italique sur celle étrusque, et l’enorme contribution humaine latine et italique à la phase intense de développement culturel étrusque d’époque villanovienne, c.à.d. de l’Age du Fer. Cela démontre, ni plus ni moins, la présence latine et italique dans l’Italie pré-villanovienne, c’est à dire du II millénaire au plus tard.

L’agrandissement de l’horizon chronologique
Tout converge à démontrer donc qu’il faut réviser le cadre chronologique de la théorie traditionnelle des origines des langues européennes, et aussi celui de la dialectologie dite romane, étant donné que le Latin doit être présent en Italie, et peut-être dans d’autres régions voisines, déjà au IIe millénaire, quand Rome n’éxistait même pas. Dans plusieurs de mes publications j’ai commencé cette revision en introduisant, à côté de la notion traditionnelle de Romanisation, la notion nouvelle de Latinisation. La Romanisation reste bien sûr un horizon fondamental de l’histoire des langues dites romanes grace à la Romanisation, mais elle n’est plus la seule. On y ajoute un niveau plus profond, qu’il faut appeler pre-roman, même s’il concerne le Latin, et qui est celui de la Latinisation et de l’Indo-Européisation. (...) En outre, le Latin et les autres langues italiques, ainsi que nous les connaissons dès leurs premières attestations écrites, appartiennent désormais à l’Age du Fer final, caractérisé par la stratification sociale la plus poussée. Et en tant que langues écrites, elles sont, selon la définition des archéologues modernes, l’expression des besoins des élites dominantes qui se sont formées dans l’Age des Métaux. Ceci veut dire qu’à côté du Latin et des langues italiques comme nous les connaissons, nous devons supposer une série de variantes ‘latines’ ou ‘italiques’ inconnues, mais contemporaines du Latin et des autres langues Italiques attestées, et différenciées d’elles au point de vue linguistique, socio-culturel et géographique.

La formation des parlers dits romans de la Méditerranée peut -ou plutôt doit- commencer déjà dans la période de la Latinisation, sans attendre la Romanisation.


(Mario Alinei, « Vers un nouvel horizon chronologique pour l'origine et la formation des langues et des dialectes européens », Géolinguistique, 6-1995, 33-41.)


(*) Il s’agit bien entendu du XVe siècle avant notre ère.


Pour lire l'article complet, cliquez ici



Par Gilles Gomel - Publié dans : Mario Alinei
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /2009 18:53


Choses lues


« Le projet, à une telle échelle, était neuf. Il reposait d’abord sur l’existence d’une communauté de lettrés, cosmopolite, associant les Italiens Pierre de Pise et Paul Diacre, l’Anglo-Saxon Alcuin, le Wisigoth Théodulf, les Francs Éginhard, Angilbert, etc. Beaucoup sont des clercs, quelques-uns des laïcs, tel Éginhard, le biographe de Charlemagne. Les Anglo-Saxons sont majoritaires et imposent leur langue de culture, ce latin savant, forgé de toutes pièces en Angleterre. La renaissance carolingienne reposa ainsi sur un latin érudit qui facilitait l’arrimage dans le monde antique (...). »

(Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel, Seuil, 2008.)


§


« Nous ne connaissons pas dans leur texte vrai les écrits latins antérieurs au IVe siècle, car ils furent, à cette époque, récrits en langage moderne, purgés de tout ce qui semblait archaïque dans les mots, dans la syntaxe. Il est très probable que le Virgile que nous lisons ressemble à ce qu’aurait pu être Villon réduit au style et au goût de Malherbe, ou à ce qu’est devenu sous la plume des copistes du XVe siècle le rude Joinville du XIIIe. »

(Remy de Gourmont, Esthétique de la langue française, Paris, 1905.)



Par Gilles Gomel
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /2009 21:33

Avis aux amateurs :

un site vient d'ouvrir, entièrement consacré à
Jean Espagnolle.

Il s'appelle :




Par Gilles Gomel
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /2009 21:18
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.



Chapitre treizième.


CULTURE DES PATOIS CELTIQUES ET FORMATION DES LANGUES
LITTÉRAIRES.— L’ITALIEN, L’ESPAGNOL, LE FRANÇAIS.


Culture des langues vulgaires en France, en Italie et en Espagne. — Mode de formation des langues littéraires. — FRANCE. — Quels sont les plus anciens, des troubadours ou des trouvaires ? — Question mal posée. — Il y a toujours eu des poètes en Gaule ; mais les poésies les plus anciennes venues jusqu’à nous sont celles d’un troubadour, Guillaume IX, comte de Poitiers. — Celles de Wace, trouvaire normand, sont postérieures. — Ils continuent les bardes. — En quelle langue ont écrit les troubadours ? — Est-ce en provençal ? — Est-ce en limousin ? — Examen détaillé de cette question. — Ils ont écrit chacun dans la langue de son pays ; mais avec des termes de convention et de mode littéraire, qui fit de leur langage un parler factice. — Sources des documents sur les troubadours et sur les trouvaires. — Le Monje des isles d’or et Claude Fauchet. — Caractère, rôle, influence des troubadours. — Leurs protecteurs. — Leur hiérarchie. — Les cours d’amour. — Leur nombre, leur résidence, leurs arrêts. — Dialectes divers employés par les troubadours. — Exemples. — Expansion de la culture des langues d’oc. — Fondation de l’Académie des mainteneurs à Toulouse, en 1323. — Elle est la plus ancienne de l’Europe. — Son rôle. — Elle cultive la gaye science, ou la poésie en langue vulgaire. — Les anciens poètes gaulois du Midi se nommaient félibres, c’est-à-dire bons vivants. — Claude Fauchet a donné une liste de 127 trouvaires, qui remplissent le douzième et le treizième siècle. — Leurs noms et leurs œuvres. — ITALIE. — Les premiers poètes italiens adoptèrent d’abord la langue des troubadours. — Ils la quittèrent bientôt pour cultiver les dialectes de l’Italie. — Noms de tous ces poètes. — Les ouvrages de Dante font pencher la balance en faveur du dialecte de Florence. — Il devient la langue italienne. — Académie de Florence fondée en 1582. — ESPAGNE. — La langue des troubadours fut adoptée par les poètes catalans, aragonais et valenciens. — Faveur immense dont jouit cette langue. — Académie de Barcelone, fondée en 1390. — La Castille se préserve de l’invasion de cette langue étrangère et factice. — Création de la littérature castillane. — Poème du Cid. — Bercéo. — Lorenzo d’Astorga. — L’archiprêtre de Hita. — Alphonse le Sage. — Charles Quint trouve la langue castillane toute formée, et il en fait la langue officielle de L’Espagne. — En France, la formation de la langue fut beaucoup plus longue. — Essai d’une académie au treizième siècle. — Académie fondée par Baïf, au seizième. — Le perfectionnement de la langue commence à la Renaissance, et dure un siècle et demi. — Lettrés qui y prennent part. — But qu’ils se proposent. — Triple pensée qui les guide. — Constitution du dialecte français. — Sa séparation d’avec les autres. — Froissard, Rabelais, Montaigne n’ont pas écrit en dialecte français. — Action des lettrés et de l’hôtel de Rambouillet. — Qualités constitutives de la langue française. — Elle leur doit son universalité, parce que seule elle les possède. — Elle survivrait à la nationalité.



Le chapitre complet en format Word



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /2009 19:52
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.



Chapitre XII.


RENAISSANCE DES NATIONALITÉS ET DES LANGUES CELTIQUES.
ON ÉCRIT DE NOUVEAU LES PATOIS.


La chute de l’Empire romain fait renaître les nationalités et les langues celtiques. — Ces langues sont employées dans la rédaction des actes. — En Italie, le plus ancien monument en patois est une charte corse de l’année 719. — Doutes de Muratori. — Discussion de cette charte. — Elle est authentique. — Les patois italiens deviennent d’un usage général à la fin du treizième siècle. — En France, le document patois développé le plus ancien, ce sont les serments de Strasbourg, de 842. — Fragments plus anciens encore. — Les serments de Strasbourg sont rédigés dans la langue des trouvaires. — Examen et preuve. — Textes romans du dixième siècle. — Tableau des patois, du douzième au quatorzième siècle. — Patois du Rouergue, de Montpellier, de Manosque, de Brive, de Bordeaux rive gauche, ou gascon ; de Bordeaux rive droite, ou gavache ; patois lorrain, champenois, artésien, berrichon, français ; patois d’Agen, de Périgueux, du Béarn, de la Gascogne. — En Espagne, les patois étaient en usage au dixième siècle ; témoignage de Luitprand. — Les Goths, les Arabes, les Maures respectèrent ces patois. — A partir du treizième siècle, ils devinrent d’un usage général. — En France, au contraire, le latin et les patois furent employés simultanément. — Exemples de ce parallélisme jusqu’au seizième siècle. — Charles VIII est le premier qui bannit le latin des procédures. — Ordonnance de 1490. — Louis XII l’imite par l’ordonnance de 1512. — François Ier complète l’œuvre, par l’ordonnance de 1539. — Anecdotes à ce sujet. — Il reste à faire un dernier effort pour bannir l’usage du latin. — Charles IX en 1562, et Louis XIII en 1629, accomplissent cette réforme. — En cette année 1629, Corneille débutait, en faisant jouer Mélite.




Le chapitre complet en format Word



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /2009 18:05
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.



Chapitre XI.


LATIN LITTÉRAIRE DE ROME. SA FORMATION ET SA CHUTE
COMME LANGUE PARLÉE.


Etudes sur la nature du latin de Rome. — Travaux des anciens et des modernes. — Les anciens considéraient Rome comme une ville grecque, et le latin de Rome comme dérivé du grec. — Opinions et preuves. — A quelle époque la langue latine de Rome commença à être modelée sur le grec. — Eléments italiens de ce latin. — Ses éléments grecs. — Environ trois mille mots grecs y sont introduits. — Par qui et à quelle époque ? — Le vocabulaire latin est donc grec en grande partie. — La grammaire latine se façonne sur la grecque. — Ce travail commence à Plaute et à Térence. — Etudes grecques à Rome. — Abus du grec. — Néanmoins ce latin, fait à l’image du grec, ne dépasse pas les limites de la société lettrée, formée par les écoles publiques. — Organisation de l’enseignement à Rome. — Lois des empereurs à ce sujet. — Hors de Rome, le latin est une langue écrite, non généralement parlée. — Il disparaîtra avec la société aristocratique de Rome. — C’est par la chute de cette société, non par l’invasion des barbares, que le latin a disparu comme langue parlée. — Les gouvernements barbares ont tous maintenu le latin comme langue écrite. — Dispersion de la société aristocratique de Rome. — Invasions d’Alaric, de Genseric et de Totila. — La ville est pillée, la population est dispersée, les monuments sont détruits. — Rome, abandonnée, est peuplée par les bêtes fauves. — Les Romains chassés, elle est repeuplée et rebâtie par des populations de toute l’Italie. — On n’y parle plus latin, mais italien. — Poète anonyme du VIe siècle qui constate cet état de choses, — Délivrées du joug de Rome, les nationalités et les langues celtiques se réveillent. — Renaissance et culture des patois, en Italie, en Gaule et en Espagne.


Le chapitre complet en format Word



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /2009 15:39

A propos de Mario Alinei et de la théorie de la continuité


« La recherche archéologique récente n’a pas apporté la preuve d’une grande invasion indo-européenne à laquelle cependant la linguistique reste attachée. Parmi les 70 ouvrages consacrés aux origines IE, la théorie la plus couramment admise aujourd’hui est cependant portée par des archéologues : Marija Gimbutas, dont la thèse est reprise par J. P. Mallory (...), considère que le proto-indo-européen se confond avec la culture pastorale des kurgans, née dans une vaste aire de la Russie méridionale et qui se serait imposée par la force, la « kurganisation » de l’Europe ayant entraîné son indo-européanisation sur le plan linguistique. Colin Renfrew (...) — autre archéologue — remplace l’invasion des guerriers pasteurs par l’arrivée de la révolution néolithique à partir de l’Orient, offrant donc une chronologie supérieure. Mais ce modèle aussi est démenti par les archéologues, qui donnent aux autochtones le rôle principal dans la néolithisation. Le seul modèle, selon Alinei, est celui de la continuité des populations et des langues indo-européennes et non indo-européennes de l’Europe dès le paléolithique, sans ignorer, bien entendu, les invasions d’importance mineure et la constitution de superstrats par des infiltrations de caractère élitaire et colonial à l’âge des métaux. (...)

« Selon Alinei, on ne peut parler de « dialectes » aux périodes les plus anciennes, mais de variations géolinguistiques : en effet, l’existence de dialectes implique celle d’une « langue » de référence, expression d’une civilisation élitaire, qui n’apparaît qu’avec l’âge des métaux. A l’opposé de la chronologie traditionnelle, qui place l’origine des dialectes entre la disparition des langues antiques, considérées comme des fossiles, et l’apparition des langues modernes au moyen âge, Mario Alinei est persuadé que les dialectes actuels continuent pour partie les parlers de la préhistoire la plus ancienne. Leur conservatisme dérive de la distance sociale énorme entre les couches cultivées et les couches dialectophones, incultes, analphabétisées et statiques. »

Jean Le Dû, review of Mario Alinei, Origine delle lingue d’Europa, Etudes celtiques n° 35, 2003.

http://www.continuitas.com/texts.html



Par Gilles Gomel - Publié dans : Mario Alinei
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /2009 18:50
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.



Chapitre X.


LATIN VULGAIRE, OU PATOIS ANTIQUE DU LATIUM.

Le latin classique n’est pas la langue du Latium, mais celle de Rome. — Les Latins et les Romains sont deux peuples différents ; ils ont deux langues distinctes. — Le latin vulgaire ou patois du Latium fut toujours ce qu’il est encore, une langue ne déclinant pas avec des cas, et ne conjuguant pas avec des flexions. — Les Pélasges et les colons grecs ont donné au latin les terminaisons en us et en um. — Beaucoup de villes italiennes et de noms propres ont conservé, sous la domination romaine, leurs noms primitifs, terminés en i et en o. — Exemples. — Substantifs italiens antiques restés indéclinables à tous les cas de la déclinaison latine. — Exemples. — Comment le latin vulgaire du Latium formait-il le pluriel des mots et les cas ? — Pluriel formé par une s. — Exemples. — Génitif du latin du Latium formé avec la préposition DE, à la gauloise. — Exemples. — Datif formé par la préposition AL. — Le latin du Latium avait-il l’article LE, LA, LES ! — Opinion de Muratori sur son origine. — L’équivalent se trouve dans Plaute et dans Térence. — Il est dans l’osque et dans l’étrusque. — Bases de la conjugaison dans le latin vulgaire du Latium. — Comme l’ombrien et l’osque, elle emploie les auxiliaires, — Exemples et analogie, tirés du latin littéraire et de Cicéron. — Série de substantifs et de verbes appartenant au latin du Latium. — Ils sont étrangers au latin littéraire, et se retrouvent tous dans nos patois. — Mots du latin antique, et qui sont gaulois. — Ainsi, la grammaire et le vocabulaire du latin vulgaire étaient gaulois — Ils sont restés tels. — Vers en patois moderne du Latium. — Leur traduction littérale en gascon prouve leur identité avec nos patois. — Nom que portait à Rome le latin du Latium ou rustique. — On l’appelait latin vulgaire, militaire, usuel ou quotidien. — Auguste s’en servait dans sa correspondance. — César avait des interprètes pour ce latin. — On l’enseignait régulièrement à Rome. — Maîtres qui l’apprirent à Marc-Aurèle. — Sidoine Apollinaire l’écrivait.


Le chapitre complet en format Word


Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /2009 14:06
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.



Chapitre IX.


PATOIS ANTIQUES DE L’ITALIE. — L’OMBRIEN, L’OSQUE, L’ÉTRUSQUE.

Commencement modeste de la nation romaine. — Isolement des peuples italiens, causé par la différence de leurs langues. — Les Romains leur donnent plus tard un lien, par la langue latine. — Nombre et diversité des alphabets italiens. — Langues antiques de l’Italie retrouvées dans les inscriptions. — Nombre de ces inscriptions. — Temps qu’il a fallu pour les lire et les interpréter. — Six langues principales de l’Italie antique. — Latin rustique, ombrien, sabin, osque, étrusque, gaulois. — Leurs limites. — C’étaient les dialectes d’une même langue. — Les anciens Italiens s’entendaient avec peine ; les Romains ne les entendaient pas. — Preuves de ce fait. — Ce phénomène se reproduit dans l’Italie moderne, en Espagne et en France. — Comparaison de l’OMBRIEN et du LATIN. — Comparaison de l’OSQUE et du LATIN. — Ces trois langues avaient un vocabulaire commun. — Elles étaient trois dialectes de l’italien antique. — DIALECTE ÉTRUSQUE. — Principes qui doivent présider à son étude. — Le toscan moderne doit ressembler à l’étrusque ancien. — Les Grisons ou Rhètes sont Etrusques. — Témoignages des historiens. — Leur langue justifie ces témoignages. — Exemple. — Il faut distinguer la langue sacrée des Etrusques de leur langue populaire. — La première est encore un mystère. — Inscriptions en langue sacrée. — Inscriptions en langue populaire. — Elles sont dans les tombeaux. — Sens de larth, de thana, de sec, d’avil. — Erreur des philologues. — Détails. — Ril. — Sens de lupu. — De tularu. — Nom des femmes étrusques. — Nom des enfants. — Interprétation de mots étrusques. — Turcis. — Lanista. — Phius. — Subulo. — Arakos. — Æsar. — Tous ces mots sont gaulois. — Noms d’hommes, de héros, de dieux. — Les patois antiques de l’Italie déclinent et conjuguent comme les dialectes gaulois. — Erreurs des épigraphistes réfutées par les textes mêmes. — Exemples. — Les patois antiques de l’Ombrie, du Samnium sont les mêmes que les patois français actuels. — Preuves. — Ils ne venaient pas du latin. — Il en est de même des patois italiens modernes. — Exemples. — Ils sont identiques à nos patois. — Les uns et les autres sont donc nationaux, originaux, et non dérivés.


Le chapitre complet en format Word



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander



Les introuvables


Adolphe Granier de Cassagnac

Une critique d'Essai sur la littérature italienne d'Estelle d'Aubigny, parue dans La Presse du 12 août 1839 (ICI)

Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II
(ICI)
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV
(ICI)
Chapitre V
(ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII
(ICI)
Chapitre VIII
(ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI
(ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)
Table des matières (ICI)

L'éructation de Gaston Paris (ICI)



Eugène Hins

"L’opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?"
(ICI)

"Does the opinion that Romance languages derived from Latin have an historic base?"
(ICI)



Jean Espagnolle

Le Néo-latinisme,
1909.
(ICI)

"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888
(ICI)



J. Lefebvre

"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie (1)

 Seconde partie  (2)



Michael John Harper

The History of Britain
Revealed
(l'histoire de l'île de Bretagne révélée),
2002-2006.
J'ai traduit le
troisième chapitre
consacré aux origines du français,
grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)





Ecrivez-moi

Commentaires et critiques sont bienvenus.

gilles.gomel@laposte.net




Liens

The Applied Epistemology Library
(M. J. Harper et ses amis) (ICI)

Michel Desfayes (ICI)

Langage Continuity (ICI)

Monsieur Daron (ICI)


 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés