Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:55

Au début de l'Éloquence vulgaire, Dante dit : « Nous avons en réalité une seconde langue, que les Romains ont appelée “grammaire“. Les Grecs aussi ont une seconde langue, ainsi que d’autres peuples, mais pas tous, car ce n’est que grâce à une longue et intense étude que l’on parvient à en maîtriser les règles et l’esprit.
»

Le mot grammatica fait directement référence à l'écriture. Il est formé sur gramma, « écrit, inscription, acte, lettre, caractère de l’alphabet ; le pluriel ta grammata signifie aussi les lettres (c’est-à-dire la littérature) ; belles-lettres, acte public. R. graphein » (Mourcin).


Cela nous ramène à Granier de Cassagnac :

« On appelait, au douzième et au treizième siècle, hommes lettrés ceux qui savaient le latin. Dans le récit qu’il fait d’une conférence avec le pape Pascal II, qui eut lieu à Langres, vers 1110, Guibert de Nogent dit : La discussion eut lieu, non dans notre langue maternelle, mais dans celle des hommes lettrés. Cette dernière expression était même commune à la langue vulgaire de la France et à celle de l’Italie, car Dante dit des poètes lettrés, pour dire poètes latins. »

Plus loin :

« La lettre ou la lectrure, c’était le latin. Aimé de Varennes, qui composa le Roman de Florimont, déclare qu’il traduit de lettre, pour dire qu’il traduit du latin :

                            L’estoire (…)
                            Ainsi comme il l’avait aprise
                            L’a de lettre en romans mise. »
 

Et encore :

«  Pour Suétone, ne pas décliner, ne pas conjuguer à la grecque ou à la romaine, c’était ne pas avoir de grammaire.

« Le patois latin antique était donc considéré comme un idiome n’ayant pas de grammaire. Il en était de même des patois italiens au Moyen Âge.

«  Du temps de Dante et de sainte Catherine de Sienne, écrire le latin littéraire se disait écrire selon la grammaire : Dicevasi scrivere per grammatica lo scrivere latinamente. — Girolamo Gigli, Vocab. Caterin., verbo Lettara. »








 

Par Gilles Gomel - Publié dans : Dante Alighieri
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:52


Une théorie de l’éloquence en langue vulgaire n’a jamais été élaborée jusqu’à aujourd’hui, comme nous pouvons facilement le constater, bien qu’une connaissance approfondie de cette discipline soit indispensable à tous (…).

Nous appelons vulgaire la langue que les enfants, au moment où ils commencent à articuler des sons, apprennent des personnes de leur entourage ; bref, le vulgaire est la langue que nous avons assimilée en imitant notre nourrice et sans suivre aucune règle. Nous avons en réalité une seconde langue, que les Romains ont appelée « grammaire ». Les Grecs aussi ont une seconde langue, ainsi que d’autre peuples, mais pas tous, car ce n’est que grâce à une longue et intense étude que l’on parvient à en maîtriser les règles et l’esprit.

La langue vulgaire est la plus noble de ces deux langues, parce que c’est la première langue parlée par le genre humain, parce que le monde entier s’en sert (avec des prononciations et des mots différents, il est vrai) et parce que c’est la manière naturelle de s’exprimer, tandis que l’autre langue est artificielle.


(Dante Alighieri, De l’éloquence en langue vulgaire, I, i, trad. Roberto Barbone & Antonio Staüble, Paris, 1996.)


 




Par Gilles Gomel - Publié dans : Dante Alighieri
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:49



« La recherche archéologique récente n’a pas apporté la preuve d’une grande invasion indo-européenne à laquelle cependant la linguistique reste attachée. Parmi les 70 ouvrages consacrés aux origines IE, la théorie la plus couramment admise aujourd’hui est cependant portée par des archéologues : Marija Gimbutas, dont la thèse est reprise par J. P. Mallory (...), considère que le proto-indo-européen se confond avec la culture pastorale des kurgans, née dans une vaste aire de la Russie méridionale et qui se serait imposée par la force, la « kurganisation » de l’Europe ayant entraîné son indo-européanisation sur le plan linguistique. Colin Renfrew (...) — autre archéologue — remplace l’invasion des guerriers pasteurs par l’arrivée de la révolution néolithique à partir de l’Orient, offrant donc une chronologie supérieure. Mais ce modèle aussi est démenti par les archéologues, qui donnent aux autochtones le rôle principal dans la néolithisation. Le seul modèle, selon Alinei, est celui de la continuité des populations et des langues indo-européennes et non indo-européennes de l’Europe dès le paléolithique, sans ignorer, bien entendu, les invasions d’importance mineure et la constitution de superstrats par des infiltrations de caractère élitaire et colonial à l’âge des métaux. (...)

« Selon Alinei, on ne peut parler de « dialectes » aux périodes les plus anciennes, mais de variations géolinguistiques : en effet, l’existence de dialectes implique celle d’une « langue » de référence, expression d’une civilisation élitaire, qui n’apparaît qu’avec l’âge des métaux. A l’opposé de la chronologie traditionnelle, qui place l’origine des dialectes entre la disparition des langues antiques, considérées comme des fossiles, et l’apparition des langues modernes au moyen âge, Mario Alinei est persuadé que les dialectes actuels continuent pour partie les parlers de la préhistoire la plus ancienne. Leur conservatisme dérive de la distance sociale énorme entre les couches cultivées et les couches dialectophones, incultes, analphabétisées et statiques. »

Jean Le Dû, review of Mario Alinei, Origine delle lingue d’Europa, Etudes celtiques n° 35, 2003.

http://www.continuitas.org/index.html



Par Gilles Gomel - Publié dans : Mario Alinei
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:47


Je n’ai pas cru bon de corriger les quelques fautes et maladresses qui émaillent le texte de Mario Alinei, lequel ne s’exprime pas ici dans sa langue maternelle. L’article, de toute façon, est d'une grande clarté — Alinei est toujours d'une lecture simple et agréable. Concernant notre sujet, on verra que l'auteur n’a pas encore jugé utile de s’affranchir du présupposé néolatiniste, et que sa théorie s’en trouve passablement entravée, mais on ne doit pas douter que lui ou l’un de ses émules finira bien par sauter le pas. On a déjà pu voir (ICI) qu'il remettait explicitement en question l’attribution d'une origine récente à nos patois. Ce fut le point de départ de la réflexion de Granier de Cassagnac (Antiquité des patois. Antériorité de la langue française sur le latin). (G.)

La théorie courante parmi les spécialistes est aujourd’hui celle d’une savante américaine d’origine lithuanienne, mme Marija Gimbutas. Selon cette théorie les IE étaient des éleveurs et guerriers nomades, avec une organisation patriarcale et une religion céleste, qui envahirent l’Europe au commencement de l’Age des Métaux, environ au IV millenaire avant notre ère, en provenant de la Russie méridionale. Avant de se différencier, ils auraient subjugué les peuples qui habitaient l’Europe et l’Asie occidentale, et remplacé leur langues et leur cultures. Ces peuples subjugués, qui sont appelés pre-IE, selon cette théorie avaient des caracteristiques radicalment opposés a celles des invaseurs: ils étaient agriculteurs au lieu que pasteurs, pacifiques au lieu que guerriers, ils avaient une organisation matriarcale au lieu que patriarcale, et une religion terrestre au lieu que céleste.

Or, ce modèle est assez vulnerable. La critique principale est du côté archéologique: car l’archéologie ne dispose d’aucune preuve d’une telle invasion à  échelle continentale, ni de la totale césure qu’on attendrait de voir dans le cadre culturel de l’Europe de l’Age des Métaux si cette invasion aurait eu lieu. Et il est difficile de s’imaginer que cette gigantesque colonisation de notre continent aurait pu avoir lieu sans laisser aucune trace, d’autant plus que cette invasion serait recente.

(...)

En outre, il y a beaucoup d’autres faiblesses dans cette vieillarde théorie traditionelle. Je mentionnerais les plus faciles à être résumées.

(1)    L’idée de l’opposition ethnique, entre IE bergers et guerriers patriarcaux, et pré-IE cultivateurs pacifiques et matriarcaux n’est plus défendible à la lumière de la recherche moderne. Le problème avec cette opposition n’est pas qu’elle manque de preuves; au contraire, elle a été confirmée par la recherche moderne. Mais ce que la recherche récente a établi c’est que l’économie nomade pastorale, avec ses connotations guerrières et patriarcales, n’est pas indépendante de l’agriculture, comme on pensait au début du siècle, mais une variante secondaire de l’économie agricole, qui naît à l’intérieur, et pas en déhors, des populations néolithiques. L’opposition idéologique, d’organisation familiale et de religion est une opposition interne aux societés néolithiques, et pas une opposition entre deux populations ethniques différentes. Si il y a donc des populations de pasteurs nomades en Europe, elles doivent être des populations cousines, si non soeurs, des populations agricoles de la même aire. On ne peut pas parler donc d’opposition entre IE et pré-IE, mais seulement d’opposition entre deux différentes couches IE, ou bien entre deux couches non-IE.

(2)    Il y a eu dans les deux dernières décades aumoins trois découvertes, qui ont changé le cadre chronologique traditionnel, sans que la théorie courante en a tenu compte.

La première découverte a été que le Hittite, une langue IE déjà séparée des autres, était écrite et parlée en Anatolie en 2000 av. J.C. environ. Or, si une langue IE était déjà séparée en 2000 av. J.C., il est difficile d’admettre que le IE commun est entré en Europe peu de temps avant, comme la théorie courante prétend.

La deuxième découverte, qui a confirmé et renforcé la première, est celle qui a reconnu dans la langue dite Linéaire B, écrite et parlée en Grèce au XV siècle de notre ère (*), une variété ancienne de Grec, dite grec Mycénéen. Cette découverte est encore plus importante que la première. Car le Hittite est une langue morte, sans liens avec la réalité présente. Le Grec Mycénien, en revanche, prouvent que les Grecs étaient arrivés en Grèce, en tant que population séparée, déjà au II millénaire. Il devient donc de plus en plus difficile d’exclure que la présence grecque en Grèce était encore plus ancienne, et que le même soit possible pour d’autres langues IE, en particulier pour le Latin qui appartient à la même aire méditerranéenne que le Grec et le Hittite.

La troisième découverte concerne le Latin et les langues italiques, et a été faite par un étruscologue italien. Il a pu démontrer ce qu’il appelle la suprémacie de l’ambiance latine et italique sur celle étrusque, et l’enorme contribution humaine latine et italique à la phase intense de développement culturel étrusque d’époque villanovienne, c.à.d. de l’Age du Fer. Cela démontre, ni plus ni moins, la présence latine et italique dans l’Italie pré-villanovienne, c’est à dire du II millénaire au plus tard.

L’agrandissement de l’horizon chronologique
Tout converge à démontrer donc qu’il faut réviser le cadre chronologique de la théorie traditionnelle des origines des langues européennes, et aussi celui de la dialectologie dite romane, étant donné que le Latin doit être présent en Italie, et peut-être dans d’autres régions voisines, déjà au IIe millénaire, quand Rome n’éxistait même pas. Dans plusieurs de mes publications j’ai commencé cette revision en introduisant, à côté de la notion traditionnelle de Romanisation, la notion nouvelle de Latinisation. La Romanisation reste bien sûr un horizon fondamental de l’histoire des langues dites romanes grace à la Romanisation, mais elle n’est plus la seule. On y ajoute un niveau plus profond, qu’il faut appeler pre-roman, même s’il concerne le Latin, et qui est celui de la Latinisation et de l’Indo-Européisation. (...) En outre, le Latin et les autres langues italiques, ainsi que nous les connaissons dès leurs premières attestations écrites, appartiennent désormais à l’Age du Fer final, caractérisé par la stratification sociale la plus poussée. Et en tant que langues écrites, elles sont, selon la définition des archéologues modernes, l’expression des besoins des élites dominantes qui se sont formées dans l’Age des Métaux. Ceci veut dire qu’à côté du Latin et des langues italiques comme nous les connaissons, nous devons supposer une série de variantes ‘latines’ ou ‘italiques’ inconnues, mais contemporaines du Latin et des autres langues Italiques attestées, et différenciées d’elles au point de vue linguistique, socio-culturel et géographique.

La formation des parlers dits romans de la Méditerranée peut -ou plutôt doit- commencer déjà dans la période de la Latinisation, sans attendre la Romanisation.


(Mario Alinei, « Vers un nouvel horizon chronologique pour l'origine et la formation des langues et des dialectes européens », Géolinguistique, 6-1995, 33-41.)


(*) Il s’agit bien entendu du XVe siècle avant notre ère.


Pour lire l'article complet, cliquez ici



Par Gilles Gomel - Publié dans : Mario Alinei
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:13

L'affaire de Glozel




"Il y a quelque temps, une pétition a circulé parmi les chercheurs en archéologie, destinée à empêcher la parution d'une revue consacrée à Glozel ; les auteurs d'articles éventuels ont été prévenus qu'ils risquaient de sérieux ennuis... On croit rêver !"

(Bernard Gatty,
les Comptes du temps passé, l'Œuf du vivant, Hermann, 1985.)

Par Gilles Gomel
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:07

 

Également en format Word

 

L’emploi de l’expression langue romane pour désigner la langue gauloise correspond avec l’établissement régulier des Francs dans la Gaule, c’est-à-dire avec le commencement du sixième siècle.

 

Quelle fut la cause de cette nouvelle désignation ?

 

L’établissement régulier et définitif des conquérants germains dans la Gaule eut pour résultat d’y faire vivre côte à côte, réunis sous un seul et même gouvernement, mais séparés par des législations civiles différentes, deux sortes d’habitants : les anciens Gaulois soumis, et les Germains leurs vainqueurs.

 

Les Germains, Francs ou Bourguignons, arrivèrent avec leurs coutumes, qui étaient la loi salique, la loi ripuaire et la loi gombette.

 

Les anciens Gaulois gardèrent leur législation civile propre, laquelle depuis Antonin le Pieux était, pour tous sans exception, le droit romain.

 

En vue de maintenir cette démarcation civile entre eux et les Gaulois, les conquérants se désignèrent eux-mêmes, dans leurs lois générales, sous leurs noms spéciaux, et ils donnèrent aux Gaulois le nom de Romains.

 

Pourquoi les Gaulois furent-ils appelés Romains ? — Parce que depuis la célèbre constitution d’Antonin le Pieux, in orbe romano, rapportée au Digeste (8), le titre de citoyen romain avait été accordé à tous les hommes libres de l’empire, et que dans les relations de la vie on disait indifféremment : Je suis citoyen romain, ou simplement : Je suis Romain.

 

On en trouve la preuve dans la revendication opposée par saint Paul au tribun de la cohorte de Jérusalem qui allait le faire battre de verges : « Le tribun, s’approchant, lui dit : Dis-moi, es-tu Romain ? — Paul répondit : Oui (9). »

 

On ne trouverait pas d’ailleurs dans l’histoire un fait mieux établi que cette qualification de Romains donnée aux Gaulois à partir de l’établissement définitif des Barbares.

 

« Tous ceux qui n’étaient pas originaires des provinces soumises à l’empire, disent les bénédictins continuateurs du Glossaire latin de Du Cange, étaient Barbares ; tous ceux qui appartenaient à ces provinces étaient Romains (10). » Ayant aussi à s’expliquer sur la signification du mot Romains, à la même époque, les bénédictins auteurs de l’Histoire littéraire de la France disent : « C’est ainsi que l’on nommait les anciens habitants des Gaules (11). »

 

Des textes en très grand nombre viennent confirmer cette doctrine générale. Nous allons placer les principaux sous les yeux du lecteur.

 

Un capitulaire de Clotaire Ier, de l’an 560, réglant d’une manière générale les juridictions du royaume, statue ainsi qu’il suit au sujet des Gaulois :

 

« Nous ordonnons que les affaires pendantes entre Romains soient terminées par les lois romaines (12). »

 

Le témoignage de la loi gombette, de la loi salique et de la loi ripuaire n’est pas moins formel.

 

La loi bourguignonne, qui est la plus ancienne des lois barbares (13), porte très clairement les traces de la distinction nominative faite par les conquérants eux-mêmes entre leur propre nation et la nation gauloise, qu’ils nomment romaine.

 

« Les administrateurs et les juges, appliquant nos lois amendées et réunies en un seul code, doivent dès à présent prononcer entre le Bourguignon et le Romain, sans rien recevoir des parties à aucun titre (14). »

 

« Sachent tous nos comtes, conseillers, domestiques, majordomes et chanceliers, tous Bourguignons et Romains, comtes des villes ou des villages, qu’ils ne doivent rien recevoir pour les causes plaidées ou les jugements rendus, sous peine d’être exclus de leurs fonctions (15).

 

Ainsi s’exprime la préface de la loi gombette. Le texte porte un grand nombre d’exemples confirmatifs de ces désignations.

 

« Quiconque aura détourné l’esclave d’autrui, son cheval, sa jument, son bœuf ou sa vache, Bourguignon ou Romain, qu’il soit mis à mort (16). »

 

« Tout libre, soit Bourguignon, soit Romain, qui aura volé un porc, une brebis, des abeilles, une chèvre, payera l’amende triple (17). »

 

Les autres lois barbares emploient les mêmes termes. On lit dans la loi salique :

 

« Si un Romain a enchaîné un Franc, sans motif légitime, il payera trente sous (18).

 

« Si au contraire un Franc a enchaîné un Romain, il payera quinze sous (19). »

 

On lit dans la loi ripuaire :

 

« Si un Ripuaire a tué un Franc voyageur, il payera deux cents sous.

 

« Si un Ripuaire a tué un Bourguignon voyageur, il payera cent soixante sous.

 

« Si un Ripuaire a tué un Romain voyageur, il payera cent sous (20). »

 

Les textes qui précèdent indiquent suffisamment, par l’infériorité sociale dans laquelle ils placent les Romains par rapport aux Bourguignons ou aux Francs, que ces Romains, ce sont les Gaulois. S’il pouvait rester d’ailleurs des doutes à cet égard, ils seraient complètement dissipés par le passage suivant de Frédégaire, où il est dit formellement que la désignation de Romains doit être entendue des Gaulois :

 

« Les Bourguignons, dit-il, après être restés deux années le long du Rhin, reçurent des envoyés qui, au nom des Romains, c’est-à-dire des Gaulois habitant la province lyonnaise, la Gaule chevelue, la Gaule soumise et la Gaule cisalpine, les engagèrent à s’exonérer du tribut (21). »

 

Le même chroniqueur donne d’une manière générale le nom de Romains à toutes les populations gauloises composant l’Aquitaine au huitième siècle, c’est-à-dire aux habitants du Berry, de l’Auvergne, du Limousin, du Poitou, de la Saintonge, du Quercy et du Rouergue (22).

 

Une formule d’inféodation contenue dans le recueil de Marculfe énumère très clairement les personnes de nations différentes qui pouvaient se trouver sous l’administration d’un feudataire : « Nous te confions l’autorité de comte, de duc dans tel pays, et toute la population qui y demeure ; Francs, Romains, Bourguignons et autres de toute nation, vivront sous ton autorité et ton administration, régulièrement soumis à leurs lois et à leurs coutumes (23). »

 

Sur quoi le savant Jérôme Bignon s’exprime ainsi : « Tous les Provinciaux de l’Empire romain devinrent citoyens romains par la loi in orbe, de statu hominum, d’Antonin. C’est pour cela qu’après la chute de l’empire ils conservèrent le nom de Romains (24). »

 

C’est donc, comme on voit, un fait clairement et incontestablement établi qu’à partir de l’établissement régulier des Barbares dans la Gaule les Gaulois furent appelés Romains, ce qui fit qu’en même temps leur langue fut appelée romaine ou romane (25).

 

C’est d’ailleurs ce que Du Cange déclare sans hésiter, dans les termes suivants : « Leur langue fut appelée ROMAINE, NON LATINE, et cette dénomination lui vint soit parce qu’elle était la langue des citoyens romains, ou anciens habitants de la Gaule, jadis soumis aux Romains, soit parce qu’en effet elle était bien différente de la latine (26). »

 

L’intérêt de la question traitée en ce chapitre exige même qu’il soit prouvé que les choses se passèrent en Espagne comme elles se passaient dans la Gaule.

 

En Espagne aussi la langue vulgaire prit à la même époque le nom de langue romane. La raison de ce changement de nom fut la même, c’est-à-dire que les Espagnols reçurent, également par rapport aux Barbares, le nom de Romains. C’est ce que prouve clairement un passage de la chronique de Sigebert de Gembloux, relatif à une expédition de Sigebold, roi des Goths (27), passage pleinement confirmé par Frédégaire, dans les termes suivants :

 

« Un duc nommé Francion, qui avait soumis la Biscaye dans le temps des Francs, avait longtemps payé des tributs au roi des Francs ; mais, cette province étant revenue à l’empire, les Goths s’en emparèrent, et Sigebold, ayant pris plusieurs cités de l’Empire romain sur les bords de la mer, les détruisit de fond en comble. Comme l’armée de Sigebold taillait en pièces les Romains, rempli de piété, il s’écriait : Malheur à moi, sous le règne duquel il se fait une si grande effusion de sang humain (28). »

 

Ainsi, langue romaine ou romane n’est pas, comme on l’a cru, une appellation imaginée pour désigner une langue nouvelle. C’est le nom nouveau qui fut donné dans la Gaule à l’antique langue des habitants, lorsque l’établissement régulier et définitif des Barbares leur fit donner à eux-mêmes le nom de Romains.

 

C’est donc sans preuves d’aucune sorte, par une pure hypothèse restée sans justification, que des savants ont expliqué le nom de langue romane, en disant qu’elle procédait, par corruption, de la langue des Romains, ou du latin.

 

Le latin ne s’appelait pas lingua romana, mais lingua latina, ou sermo latinus (29).

 

La suite ici

 

(B. A. Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, chap. 3.)

 


Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 11:57

 


 

Extrait de l'Histoire des origines de la langue française de Granier de Cassagnac traitant des langues  effectivement parlées dans l’armée romaine en Gaule. À ma connaissance, personne auparavant ne s’était chargé de ce travail élémentaire, et personne ne l’a fait après lui. On se demande bien pourquoi.

 


Après y avoir mûrement réfléchi, nous croyons qu’il n’y a qu’un système plausible qui puisse être proposé pour expliquer comment la langue latine se serait établie dans la Gaule, et y aurait pris la place des dialectes nationaux ; ce serait de dire que la langue latine a été propagée dans la Gaule par les armées des Romains, et qu’elle y a été consolidée par leur administration.

Si l’étude historique de ce système ne justifiait pas l’hypothèse de la propagation du latin par les légions, et prouvait au contraire que ce mode de propagation n’a été ni réel ni possible, il faudrait nécessairement conclure alors de cet examen que la doctrine de Barbazan, de Roquefort, de Raynouard, de l’Académie française, de l’École des chartes sur la formation de la langue française est une chimère, et chercher dans la communauté d’origine du français et du latin l’explication de la communauté de leurs mots.

César employa pour conquérir la Gaule neuf années et onze légions, sans compter des corps nombreux d’auxiliaires italiens, crétois, baléares, germains, et une nombreuse cavalerie espagnole, gauloise et germaine.

D’où provenaient ces légions ? Quelles langues parlaient-elles ? En quels endroits de la Gaule furent-elles placées ultérieurement en quartiers d’hiver et en garnison ? Quelle action purent-elles exercer sur la langue gauloise ?

Telles sont les questions que nous allons examiner.

 

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Au sortir de son consulat, l’an de Rome 696, l’an 53 avant l’ère vulgaire, César obtint par un plébiscite et pour cinq ans le gouvernement de la Gaule cisalpine et de l’Illyrie. Le sénat y joignit la Gaule chevelue, c’est-à-dire toute la Gaule transalpine. Les Romains ne possédaient alors de la Gaule transalpine que la Province dite narbonnaise, comprenant la Savoie, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc et le Roussillon.

On reçut à Rome l’avis que les Helvétiens, nation gauloise, se proposaient d’émigrer en masse vers la Saintonge, en traversant et, selon toutes les apparences, en ravageant la Province romaine. Le départ était fixé au cinquième jour avant les calendes d’avril ; c’est-à-dire au 25 mars.

César arriva en hâte à Genève, ville appartenant à l’Allobrogie, ou à la Savoie, et par conséquent à la Province. Il s’y assura de l’exactitude du projet des Helvétiens, dont les chefs vinrent lui demander la permission de passer le Rhône sur le pont de Genève et de traverser le pays des Allobroges. César ajourna sa réponse aux ides d’avril, c’est-à-dire au 8 de ce mois. Il voulait se donner le temps de réunir ses forces pour barrer le chemin à l’émigration.

On avait donné à César quatre légions. Une gardait la Province, disséminée entre Toulouse et le Léman ; les trois autres étaient dans leurs quartiers d’hiver, près d’Aquilée, à l’entrée de l’Illyrie. Ces quatre légions étaient composées de vieilles troupes ; c’étaient la septième, la huitième, la neuvième et la dixième. En les supposant complètes, c’était un effectif moyen de 16 000 fantassins et de 800 chevaux, sans compter, il est vrai, les troupes auxiliaires.

Ces forces étaient néanmoins insuffisantes pour arrêter ou combattre les Helvétiens.

Sans perdre un moment, César ordonne une forte levée dans toute la Province. Cette levée lui fournit des fantassins auxiliaires et de la cavalerie ; réunie à une autre levée de cavalerie, faite chez les Éduens, elle formait un corps de 4 000 chevaux.

Avec ces deux levées et la légion qu’il avait déjà dans la Province, il fait fortifier et défendre tous les passages du Rhône, depuis le lac Léman jusqu’au pas de l’Écluse.

Fort de ces ressources provisoires, César fait rompre le pont de Genève ; il court en Italie; il y lève, dans son gouvernement, deux nouvelles légions, qui sont la onzième et la douzième ; il fait arriver d’Aquilée les trois légions qui s’y trouvaient dans leurs quartiers d’hiver ; et, revenu dans l’Allobrogie avec une promptitude presque incroyable, il joint les Helvétiens au moment où, après avoir renoncé à forcer le passage du Rhône, ils venaient de franchir les défilés du Jura, et atteignaient par leurs têtes de colonne les bords de la Saône, sur le territoire des Éduens.

Arrêtons-nous ici un instant dans la question militaire, et revenons à la question philologique.

César commande six légions, des auxiliaires à pied et 4 000 hommes de cavalerie, également auxiliaires.

Les cavaliers auxiliaires sont des Gaulois transalpins, appartenant à peu près par moitié aux pays de la Province et aux pays de la Bourgogne. Les fantassins auxiliaires appartiennent tous à la Province. Le corps entier des auxiliaires, tant à pied qu’à cheval, est donc Gaulois, et par conséquent parle gaulois.

Restent les six légions, quatre anciennes et deux nouvelles. Quelles langues parlaient-elles, ou, ce qui revient au même, dans quels pays avaient-elles été levées ?

Telle est la question à résoudre.


(M. A. Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, 1872.)


La suite ici.

 

 


Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 11:51
Lorsque Rome avait soumis un peuple, elle se l'attachait par des faveurs. La plus ambitionnée de toutes était celle de citoyen romain. Elle fut accordée peu à peu aux premières familles de la Gaule et de l'Espagne, pays riches et guerriers dont la jeunesse fournissait la principale force des armées romaines. A cette première faveur vint s'ajouter celle qui était le couronnement de toutes les autres, l'admission au sénat.

La juste ambition d'être associé aux droits et au gouvernement des Romains détermina donc, dans tous les pays soumis, un certain nombre de familles à faire apprendre le latin à leurs enfants. On se préparait alors ainsi aux fonctions publiques de l'Empire romain, comme on se prépare aujourd'hui, par le baccalauréat, aux fonctions publiques de l'Empire  français (1) ; mais de même qu’aujourd'hui la connaissance du latin, donnée dans de nombreux collèges à cent mille fils de famille, ne fait pas que le latin soit devenu la langue de la France ; de même cette connaissance donnée, sous le gouvernement romain, à quelques centaines d'écoliers, dans une dizaine de collèges, ne pouvait pas faire que le latin devînt la langue de la Gaule, de l'Espagne ou de l'Italie.

Une langue étrangère n’est pas une maladie qui se gagne par le contact ; c'est une science difficile, qui ne s'acquiert qu’avec du temps, de la patience et de l'aptitude.

On trouve donc parmi les anciens Gaulois beaucoup de personnes qui cultivaient les lettres ; non seulement les lettres nationales, comme les bardes, mais aussi les lettres latines. Parmi ces dernières, les unes se destinaient aux écoles de déclamation ou à la plaidoirie ; les autres étaient généralement des enfants de puissantes familles, poursuivant la carrière des emplois et des honneurs publics ; mais à cette époque, encore bien moins qu’à la nôtre, le peuple des villes ou celui des campagnes n’avait ni le loisir, ni la fortune, ni l'ambition nécessaires pour aller dans les écoles apprendre le latin.

Or personne ne le sait sans l'avoir appris, car beaucoup l'ignorent même après l'avoir étudié.

(Adolphe Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, chap. 5, Paris, 1872.)

(1) En fait, l'Empire, que Granier avait soutenu avec zèle, avait sombré depuis deux ans quand parurent les Origines.



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 11:43

 

 

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Par Gilles Gomel - Publié dans : Jean Espagnolle
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 11:40

 

Pantagruel rencontre un soir, aux portes d’Orléans, certain écolier à qui il demande d’où il vient, et celui-ci lui répond : « De l’alme, inclyte et célèbre académie que l’on vocite Lutèce. » Le dialogue se poursuit longtemps sur ce ton, et, à la fin, Pantagruel impatienté d’entendre un tel charabia dit à l’écolier : « Par Dieu, je vous apprendrai à parler ; mais devant respond moi, d’ond es-tu ? — L’origine primeve de mes aves et ataves fut indigene des régions Lemoviques, ou requiesce le corpore de l’agiotate sainct Martial. — J’entends, dit alors Pantagruel, tu es Limosin pour tout potage, et tu veux ici contrefaire le Parisian. Or, vien ça que je te donne un tour de peigne. » Et il lui saute à la gorge. L’écolier crie aussitôt : « Hau, hau, laissas a quo, au nom de Dious, et ne me toucas grou. » A quoi dit Pantagruel : « A cest heure parles tu naturellement. »

Cette scène amusante dépeint à merveille ce qui est arrivé à nos premiers auteurs français : comme le latin était alors la langue savante de la Gaule et la seule qu’on y écrivait, ces malheureux rougirent de leur propre idiome et voulurent latiniser à leur tour ; mais, la phrase longue, synthétique et inversive des Romains allant mal à leur génie alerte et vif, ils lui donnèrent la tournure gauloise et remplacèrent sans gêne, par des mots nationaux, les mots latins qu’ils ignoraient : de là cet amalgame étrange, ce bariolage choquant de latin et de gaulois qu’on rencontre dans les premiers monuments de notre langue.  Cela n’est pas plus le français primitif que le français du Limousin, rabroué par Pantagruel, n’est celui du seizième siècle.

Dans le Béarn, on nomme, par moquerie, francimants les hommes qui ont la prétention de parler le français sans le savoir. Dans un sens analogue, nos premiers écrivains gaulois étaient des latinants, s’il est permis d’user de ce barbarisme.

Pourquoi, par exemple, l’auteur de la Chanson de Roland emploie-t-il : ferir, ocire, tolir, entendre, c’est-à-dire ferire, occidere, tollere, intendere, quand sa langue lui fournit : frapper, tuer, embler, oïr ? Pourquoi se sert-il encore de ces mots latins : iloec, frunt, vis, ire, dulur, senestre, estultie, quand il a sous la main dans sa langue maternelle : là, antix, cara, cole, ache, gauche, folie ? Pourquoi ? parce que c'est un latinant, comme le Limousin de Rabelais. Les troubadours et les trouvères furent, à proprement parler, les premiers écrivains français, parce qu’ils se servirent sans vergogne de la langue commune, c’est-à-dire du galou. Plus un auteur de notre pays néglige l’élément latin, et plus il est original, piquant et savoureux. Le charme de La Fontaine vient en grande partie de là. (…)

(Jean Espagnolle, la Clef du vieux français.)

 


Par Gilles Gomel - Publié dans : Jean Espagnolle
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La raison d'être de ce blog est de faire connaître, en les rendant directement accessibles, les écrits de ceux qui, tels Adolphe Granier de Cassagnac il y a un siècle et demi ou, naguère, Michael John Harper, ont combattu le préjugé selon lequel le français et les langues sœurs seraient dérivés du latin. Faisant la claire démonstration que le néo-latinisme est une doctrine contraire au bon sens, aux témoignages de l'histoire et aux règles élémentaires de la philologie, ces auteurs ont apporté la preuve que le français, à l'instar des autres langues dites romanes, est un idiome fort ancien, qui n'a pu nous être apporté par l'occupant romain.

Dans cette perspective, la partie essentielle de ce site est sa bibliothèque ("Les introuvables"), qui figure ci-dessous.

 

 
Les introuvables

  


Adolphe Granier de Cassagnac

   

Une critique d'Essai sur la littérature italiennne, d'Estelle d'Aubigny, parue dans la Presse du 12 août 1839. (ICI)


Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

  
Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II (ICI) 
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV (ICI)
Chapitre V (ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII (ICI)
Chapitre VIII (ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI (ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)

 

    

Eugène Hins

     
"L'opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?

Revue de linguistique et de philologie comparée (1887) (ICI)

"Le genèse de la conjugaison française"

 Revue de linguistique et de philologie comparée (1889) (ICI)  

 

 

Auguste Callet

     
"Le système étymologique de Littré et de son école"
Mercure de France, 16 avril 1911 (article posthume) (ICI)

 
La Légende des Gagats.

Essai sur les origines de Saint-Étienne en Forez,

1866. (ICI)

    


J. Lefebvre (Jean Espagnolle ?)

   
"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie
(1)
 Seconde partie (2)

    

   
Jean Espagnolle


"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888. (ICI)

     

  

J.-L. Dartois (Jean Espagnolle)


Le Néo-latinisme, 1909. (ICI) 

     

    

Michael John Harper  

   

The History of Britain Revealed

 (l'histoire de l'île de Bretagne révélée), 2002-2006. 

J'ai traduit le troisième chapitre consacré aux origines du français, grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)


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