Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 10:32

Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.


Chapitre VI.

LA NATION GAULOISE. — SES NOMBREUSES TRIBUS. — SON UNITÉ.


Noms divers qu'ont portés les Gaulois, suivant les pays où ils s’établirent. — Ce sont les Romains qui les nommèrent Gaulois ; eux-mêmes se donnaient le nom de Celtes. — Les Aquitains, les Provençaux, les Belges étaient Celtes, comme les autres. — La nation gauloise entre dans l’histoire 599 ans avant l’ère vulgaire. — Émigration de Sigovèse dans la vallée du Danube, et de Bellovèse dans la vallée du Pô. — Noms et pays des Gaulois qui émigrèrent. — Comparaison de la civilisation gauloise et de la civilisation européenne, à cette époque. — Les Gaulois avaient leur philosophie et leur poésie 115 ans avant la naissance d'Hérodote. — Unité de la nation gauloise. — Les Bretons sont de purs Gaulois. — Origine de leur nom. — Date de l’entrée des populations allemandes sur la rive gauche du Rhin. — Les Francs, les Bourguignons, les Wisigoths, les Normands oublient leur langue, et parlent gaulois. — Seuls, les Basques sont étrangers à la Gaule et à l’Europe. — Système de M. de Humboldt sur les Basques. — Il est repoussé par les faits. — Preuves. — L'unité gauloise a donc résisté à toutes les invasions. — Des tribus gauloises peuplent l’Espagne primitive, sous le nom d'Ibères. — Deuxième Invasion des tribus gauloises, sous le nom de Celtibères. — Époque approximative de la seconde invasion. — Faits qui les prouvent toutes deux. — Les Tyriens, les Carthaginois, les Grecs, les Romains n’altèrent ni la nationalité ni la langue gauloise des Espagnols. — Seuls, les Cantabres ou Vascons, race étrangère aux Celtes, conservent, en Espagne, leur nationalité et leur langue intactes.— Système et erreur de M. Bladé, qui a cru que les Cantabres étaient Celtes. — Les Basques doivent venir d'Afrique. — Tribu de l’Aurès qui parle un dialecte basque, et s’entend avec les Basques espagnols et français.


Le chapitre entier en format Word (54 pages)



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 10:28
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.


Chapitre V.

ÉLIMINATION DE LA THÉORIE VULGAIRE QUI DÉRIVE DU LATIN
LA LANGUE FRANÇAISE ET LES PATOIS.


La théorie qui dérive le français du latin et du grec n’est donc qu’un pur préjugé. — Les textes allégués en sa faveur la renversent. — Passages de Valère Maxime et de saint Augustin. — Leur sens est opposé à celui qu’on leur attribue — Il en est de même des textes de Velleius Paterculus, de Tacite, de Pline le Jeune, de Sidoine Apollinaire, de saint Irénée et de saint Jérôme. — Aucun de ces textes ne dit que la nation gauloise avait oublié sa langue pour parler latin. — Saint Irénée déclare lui-même avoir prêché et écrit en patois de Lyon. — Raisons qui déterminèrent saint Jérôme à employer le latin pour écrire à deux femmes gauloises très instruites. — Récapitulation de toutes les preuves établissant que la langue gauloise ne cessa jamais d'être parlée sous la domination romaine. — Le latin n’aurait pas pu, en se corrompant, engendrer le gaulois, langue d'une nature absolument différente. — Preuves de la différence essentielle du latin et du gaulois. — Génie absolument contraire du substantif, du verbe et de la syntaxe. — Vaines tentatives faites pour faire dériver du latin l'article le, la, les. — Objections insolubles que soulève l'hypothèse de la dérivation latine ou grecque. — Il faut donc éliminer définitivement cette théorie, et expliquer la présence des mots latins et grecs dans le français et dans les patois par l'origine commune des Gaulois, des Latins et des Grecs Pélasges. — Tel est le but des chapitres suivants.



Le chapitre entier en format Word (23 pages)








Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 10:22

Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.

Chapitre IV.

LA LANGUE FRANÇAISE N’A REÇU NI SES MOTS LATINS DES ROMAINS,
NI SES MOTS GRECS DES PHOCÉENS.


Personne n'a osé faire la théorie historique de la dérivation du français, par rapport au latin. — On s’est borné à affirmer le fait, sans l’expliquer. — Deux langues peuvent avoir des mots communs, sans se les être communiqués. — Mots sanscrits nombreux dans le latin. — Mots grecs nombreux qui sont dans le français et dans les patois de la Gaule. — D’où viennent-ils ? — On les a attribués à l’action des Phocéens de Marseille. — Les Phocéens ne peuvent avoir porté leur langue dans les contrées où ils n'ont pas pénétré, telles que l’Île-de-France, la Bretagne, la Gascogne. — Il va être montré que le français ne doit ni ses mots latins aux Romains, ni ses mots grecs aux Phocéens. — Histoire des légions de César. — Où avaient-elles été levées ? — Quelles langues parlaient-elles ? — La 7e, la 8e, la 9e, la 10e, parlaient italien, c'est-à-dire tous les patois antiques de l’Italie. — La 11e, la 12e, la 13e, la 14e, la 15e, la 16e et la 1re parlaient gaulois et illyrien. — Détails et preuves. — À l’époque de César, il n'y avait dans les armées qu'un Romain contre dix Italiens. — Sous Auguste, il n'y avait qu’un Romain contre treize Italiens. — Sous Claude, il n'y avait qu'un Romain contre vingt-trois Italiens. — À partir des Antonins, les Romains ne formèrent plus qu'un pour cent. — On ne parlait donc pas latin dans les armées romaines à partir de César, et ces armées, enfermées dans des camps, ne communiquaient pas avec les populations. — Quant aux Phocéens de Marseille, de Roses et d’Ampurias, ils ne parlaient plus grec du temps de César. — Ils parlaient gaulois et espagnol. — Preuves. — D’ailleurs, les Phocéens n'avaient pu porter le grec dans les pays avec lesquels ils n'avaient pas de relations. — Liste des mots grecs qui se trouvent dans les dialectes de l’Île-de-France, — de la Gascogne, — de la basse Bretagne. — La présence dans les dialectes de la Gaule soit des mots latins, soit des mots grecs ne peut donc s’expliquer que par l’origine commune des peuples qui parlent les langues où se trouvent ces mots.


Le chapitre entier en format Word (32 pages)





Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 10:01

Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.

Chapitre III


LA LANGUE GAULOISE PREND LE NOM DE LANGUE ROMANE.
ÉPOQUE ET CAUSES DE CE CHANGEMENT.


Causes qui ont dérobé aux philologues l’existence de la langue gauloise. — Elle avait changé de nom à l’époque de l’établissement des Barbares dans la Gaule, et s’était appelée langue romane. — Motif de cette nouvelle appellation. — Ce changement de nom est établi par un ensemble de preuves historiques. — Notions précises sur la langue romane. — Fausse définition donnée par l’Académie française — La langue romane est antérieure au dixième siècle et postérieure au quatorzième. — Elle a été parlée non seulement dans le midi, mais dans toutes les parties de la France. — Faits à l’appui de cette vérité. — À l’arrivée des Barbares, les Gaulois prennent le nom de Romains. — Ce changement de nom est fondé sur la loi d’Antonin le Pieux. — Témoignages qui l’établissent. — La langue des Gaulois prend alors le nom de langue romaine ou romane. — Témoignages historiques établissant que les Gaulois prirent en effet le nom de Romains, à l’arrivée des Barbares. — Preuves tirées du texte des lois barbares, de Frédégaire, de Sigebert de Gembloux. — Le nom de langue romaine ou romane désigne désormais dans toute la Gaule la langue maternelle des populations. — Détails à ce sujet. — La langue romane était parlée par les illettrés. — Elle est distincte du latin. — Livres traduits du latin en roman, afin que le peuple les entende. — L’enseignement de la religion donne l’impulsion à l’emploi de la langue romane. — Série des livres religieux écrits en roman. — Série des compositions mondaines, historiques et poétiques. — Serments de 842. — Cantique de sainte Eulalie. — Poème de Boèce. — La langue romane est donc l’ancienne langue des Gaulois. — Objection faite à cette théorie. — Réponse. — La doctrine qui fait venir le roman du latin est moderne. — Le Moyen Âge ne l’a pas connue. — Opinion de Dante — Deux langues peuvent avoir des mots communs, sans que l’une les ait donnés à l’autre. — Mots communs au latin et au sanscrit, sans que les Romains et les Hindous aient communiqué. — La langue romane repose sur un système philologique opposé au latin. — La langue romane est en possession de toutes ses règles dès sa première apparition.



Le chapitre entier en format Word (41 pages)






Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:57

Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.


Chapitre II

LA LANGUE GAULOISE RÉSISTA ET SURVÉCUT À LA DOMINATION ROMAINE.

Dialectes généraux de la langue gauloise, à l'arrivée de César. — Les Romains imposent le latin comme langue légale, non comme langue populaire. — Cet usage est celui de tous les conquérants. — Les Romains n'empêchèrent aucune des nations conquises de conserver sa langue usuelle. — Tous les peuples d'Italie conservèrent leur langue, sous la domination romaine. — Ainsi firent les Latins, les Ombriens, les Osques, les Étrusques, les Gaulois cisalpins. — Ainsi firent, hors de l'Italie, les Carthaginois, les Grecs, les Syriens, les Égyptiens. — Preuves. — Toutes les langues étaient en usage à Rome, où le latin n'avait que le domaine légal et officiel. — Il y était langue d'État. — Révolution morale qui, à partir d'Antonin le Pieux, fait créer quatre langues légales à côté du latin. — Le grec, le punique, le syrien, le gaulois deviennent des langues officielles, pour la rédaction des contrats. — Le gaulois était encore langue légale à la mort de Justinien, un siècle après l'arrivée des Francs dans la Gaule. — Les Romains n'avaient donc pas aboli la langue gauloise. — Faits et témoignages historiques établissant, de siècle en siècle, l'usage de la langue gauloise, jusqu'à Hugues Capet et à l'époque des trouvères. — Est-il resté des textes en langue gauloise ? — Oui. — II en existe par milliers. — Ils ont été méconnus, parce qu'ils portent le nom de langue romane. — Témoignages historiques établissant avec netteté que les textes dits romans sont gaulois. — La démonstration spéciale de ce point important fait l'objet du chapitre suivant.


Le chapitre entier en format Word (37 pages)





Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:53
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.


Chapitre premier


ÉTAT PRÉSENT DE LA QUESTION DES ORIGINES DE LA LANGUE FRANÇAISE.
DANS QUELLE VOIE DOIT ÊTRE CHERCHÉE LA SOLUTION.


Empire de la langue française. — Pour le maintenir, il faut retremper la langue à ses sources. — Où sont-elles ? — Est-elle une dérivation du latin et du grec ? — Est-elle originale et nationale ? — Tel est le problème à résoudre. — Il n'a jamais été sérieusement posé et étudié. — Idées de Claude Fauchet, d'Étienne Pasquier, de Gilles Ménage. — Ils croient le français une langue dérivée. — Idées contraires de Dom Paul Pezron et de Dom Jacques Martin. — Ils le croient une langue originale et nationale. — Ils expliquent la présence des mots latins et des mots grecs dans le français par la communauté d'origine des peuples primitifs qui occupèrent la Grèce, l'Italie et la Gaule. — Leibnitz approuve cette idée. — La question s'égare de nouveau à la fin du dix-huitième siècle. — Travaux de Barbazan, de Legrand d'Aussy, de Roquefort. — L'Académie celtique et ses erreurs. — Étude des dialectes de la France ordonnée par Napoléon Ier — Raynouard. — Espérances fondées sur ses travaux. — Son système. — Il retombe dans la vieille ornière. — L'École des chartes, — Sa doctrine. — Opinion des savants étrangers sur l'origine de la langue française. — Travaux de Pictet, de Bopp, de Max Müller et de Frédéric Diez. — Ils laissent la question au point où ils l'avaient trouvée. — L'auteur adopte et complète les idées de Dom Paul Pezron et de Dom Jacques Martin. — Il croit la langue française originale. — L'antiquité et la grandeur de la nation gauloise ne permettent pas de penser qu'elle ait eu une autre langue que la sienne.


Le chapitre entier en format Word (29 pages)



Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:43
Histoire des origines de la langue française,
d'Adolphe Granier de Cassagnac.


Préface


Également en format Word

Tous les lettrés savent qu'il y a dans le français, dans l'italien et dans l'espagnol un grand nombre de mots usuels, qui sont aussi dans le latin.

Expliquer la présence simultanée de ces mots dans ces quatre langues est un problème important, difficile, et depuis longtemps débattu.

La solution généralement adoptée consiste à prétendre qu'après avoir soumis les peuples de l'Italie, de la Gaule et de l'Espagne, les Romains les obligèrent ou les amenèrent à remplacer leurs langues nationales par la langue latine, à laquelle ces peuples auraient emprunté les mots latins qu'on remarque dans leurs idiomes.

L'objet de ce livre est de prouver que cette solution choque violemment et au même degré le bon sens, l'histoire et les principes sur lesquels repose la philologie.



Concentrant d'abord la discussion sur la langue française, nous ferons voir que, si l'on excepte un certain nombre de termes relatifs aux lettres, aux arts et aux sciences, termes empruntés par nous au latin, qui les avait lui-même empruntés au grec, la langue française est entièrement originale et nationale, même dans les mots usuels qui lui sont communs avec la langue latine.

En résumé, nous soutenons que les Gaulois, nos ancêtres, sont, comme nation, aussi anciens que les Latins et plus anciens que les Romains ; que la langue gauloise se parlait chez les premiers, pendant que la langue latine se parlait chez les seconds ; et que si haut que l'on remonte dans l'histoire de ces deux langues, les mots qu'elles possèdent en commun existaient déjà et à la fois dans toutes deux, parce que les peuples auxquels ces langues appartiennent sont originaires du même pays et constituent deux tribus de la même nation primitive.

Notre éducation classique, aveuglément favorable aux Grecs et aux Romains, nous a habitués à nous considérer comme formés de leur substance et vêtus de leurs dépouilles. Des milliers de personnes sensées, parlant ou écrivant fort bien notre langue, la regardent sincèrement comme un bienfait dont elles doivent les éléments grecs aux Phocéens de Marseille, et les éléments latins aux légionnaires de César. Les lettrés français, ces railleurs par excellence, bravent le ridicule attaché à un système d'après lequel les Marseillais auraient mêlé le grec à la langue française, en le glissant dans les épices qu'ils vendaient aux Gaulois, et qui fait des soldats ombriens, marses, étrusques, samnites de César autant de professeurs enseignant à la Gaule, du fond de leurs camps retranchés, le latin qu'ils ne savaient pas eux-mêmes.

Telle est la force du préjugé qui nous fait considérer notre propre langue comme étrangère à la nation, et comme apportée jadis aux Gaulois, nos ancêtres, ainsi qu'un ballot par des navigateurs ou des conquérants étrangers, qu'il n'est peut-être pas un écrivain, employant le terme le plus visiblement français, comme caillou, bâton ou chemin, auquel il ne soit arrivé de se demander : d'où vient donc ce mot ?

Tant il est convenu qu'un mot français doit venir d'ailleurs que de la France !

Cependant le bon sens, qui se révolte à ses heures, a souvent protesté contre cette explication parfaitement improbable d'un fait d'ailleurs parfaitement certain.

Le fait certain, nous l'avons déjà signalé ; c'est qu'un assez grand nombre de mots, qui sont dans le latin ou même dans le grec, sont aussi dans le français, et en même temps dans tous les dialectes ou patois qui se parlent en France.

L'explication improbable, nous l'avons aussi indiquée ; c'est celle qui attribue l'introduction de ces mots grecs aux Phocéens de Marseille, et l'introduction de ces mots latins aux légionnaires de César.

Or, le moyen de croire qu'à des époques reculées, où des forêts inexplorées et des fleuves sans ponts rendaient les communications presque impossibles, les Phocéens de Marseille, bloqués dans leurs murailles par des voisins féroces, ignorants des localités et des villes de la Gaule, le moyen de croire, disons-nous, que ces Phocéens auraient porté dans les contrées les plus éloignées de leur ville, en Picardie, dans l’Île-de-France, en Basse-Bretagne, en Gascogne, en Béarn, les mots grecs fort nombreux qui se trouvent dans les idiomes de ces pays ?

Le moyen d'admettre que des soldats illettrés, mille fois plus illettrés que les nôtres, appartenant à toutes les provinces de l'Italie, en parlant tous les patois, depuis le gaulois cisalpin jusqu'à l'osque, et placés par les empereurs romains dans des camps retranchés, le long du Rhin, auraient répandu en Normandie, en Auvergne, en Languedoc, en Guyenne, dans les provinces qu'ils n'habitèrent jamais, l'usage d'une langue qui n'était pas la leur, et qu'ils n'avaient pas apprise ?

Le moyen d'accueillir sans rire une doctrine d'après laquelle six millions de paysans gaulois, disséminés dans des provinces isolées, se seraient tous entendus, laboureurs, pâtres, bûcherons, mineurs, matelots, sans exception d'une seule contrée, d'une seule vallée, d'un seul village, d'une seule famille, pour oublier tous à la fois leur langue nationale, celle dans laquelle ils nommaient leurs travaux, leurs outils, leurs animaux domestiques, celle qu'ils employaient avec leurs femmes et avec leurs enfants, et se seraient spontanément mis à parler latin, lorsque, de nos jours, sous nos yeux, l'élite de la jeunesse, guidée par les meilleurs professeurs, pâlit sept années sur la langue latine, sans réussir à la parler couramment ?

C'était donc une étrange hypothèse, de supposer que les Romains avaient imposé leur langue aux Gaulois, eux qui n'avaient pas réussi à l'imposer à leurs voisins les plus immédiats, aux Ombriens, aux Étrusques et aux Samnites.

Aussi le système du latin pur, appris par la nation gauloise, fut-il abandonné vers le commencement de ce siècle, quoi qu'eût pu faire dom Rivet, son propagateur le plus habile et le plus savant (1) ; et, sous l'impulsion de Raynouard, on imagina le système actuellement enseigné, qui suppose que les Gaulois corrompirent le latin littéraire et en firent ce qu'on appelle la langue romane.

Au point de vue de l'histoire et du bon sens, la difficulté était déplacée ; elle n'était pas diminuée.

Toutes les invraisemblances, toutes les impossibilités matérielles et morales qui faisaient repousser l'accord, tacite ou concerté, des soixante-quatre grandes nations gauloises pour introduire chez elles le latin pur, se réunissent et s'accroissent même pour rejeter l'idée de l'introduction du latin corrompu.

Le problème posé par l'une et l'autre de ces hypothèses est double.

Il faut expliquer d'abord pourquoi, seuls dans la vaste étendue du monde romain, moins fidèles à leur nationalité que les Carthaginois, les Grecs, les Égyptiens, les Syriens, les Asiatiques, plus dociles que les Étrusques, les Osques, les Vénètes, qui avaient tous conservé leurs langues traditionnelles, les Gaulois s'étaient résolus à renoncer à la leur.

Il faut expliquer ensuite comment, s'ils prirent en effet le parti de substituer à leur langue natale un latin altéré, les Gaulois de toutes les parties de la Gaule, ceux de la Suisse, ceux de la Belgique, ceux de l'Armorique, ceux du Béarn, ceux du Roussillon, ceux de la Provence, ceux de l'Auvergne, purent s'entendre pour introduire partout dans le latin exactement le même genre et le même nombre d'altérations ?

Quoi ! sur vingt ou trente mille villages, pas un seul, en corrompant le latin, n'a eu la fantaisie de conserver le genre neutre, qu'il avait ? Quoi ! sur dix mille vallées, pas une seule, en corrompant le latin, qui ne se soit donné le plaisir de lui imposer l'article le, la, les, qu'il n'avait pas ? Quoi ! la déclinaison et la conjugaison latines n'ont pas trouvé grâce devant un seul Gaulois ? pas un pâtre qui, du Rhin aux Pyrénées, ait voulu du génitif ou du datif ? pas un bouvier qui, de l'Océan au lac de Genève, se soit laissé fléchir par le verbe déponent ?

Apprendre le latin était assurément une chose impossible à la nation gauloise, mais dans laquelle néanmoins l'impossibilité tenait surtout à l'infirmité des hommes ; corrompre le latin, au point d'en faire sortir la langue romane, c'est-à-dire une langue entièrement différente, fondée sur une grammaire sans précédents, possédant son système propre et logique de déclinaison, de conjugaison et de syntaxe, c'était une chose bien plus impossible encore, parce que l'impossibilité y découle à la fois de l'infirmité des hommes et de la nature des choses.

Ce qui est puéril en effet, ce n'est même pas surtout de supposer que des chevriers illettrés du Cantal, du mont Lozère, du Jura, des Cévennes et des Pyrénées aient pu, sans s’être jamais vus, s'accorder, dans leurs patois respectifs, sur le substantif, le verbe, l'article ou la syntaxe; c'est de supposer que des œuvres pareilles puissent être entreprises et réalisées, même après un concert entre savants. Les hommes ont pu désapprendre certaines langues ; ils n'en ont jamais créé une seule.



D'ailleurs, l'histoire n'a jamais dit que les Gaulois, restés possesseurs invariables du sol de la patrie, y aient perdu leur nationalité, ou, ce qui revient au même, l'histoire n'a jamais dit que les Gaulois aient, à un moment quelconque, cessé de parler leur langue.


On n'a jamais cité, on ne citera jamais un livre, une chronique, un passage, une ligne, un mot, desquels on ait le droit d'inférer que, pendant ou après la domination romaine, la nation gauloise avait oublié sa langue, pour lui substituer la langue latine.

Ce sont quelques érudits du seizième et du dix-septième siècle et à partir de Scaliger qui, ne sachant comment expliquer la présence simultanée, dans le latin et dans le français, d'un certain nombre de termes communs, ont imaginé de dire que les Romains avaient imposé l'usage du latin aux Gaulois.

Cette doctrine, si accréditée qu'elle soit devenue, n'est donc jusqu'ici qu'une pure hypothèse, qui attend, depuis trois cents ans, une tentative de preuve.

L’Université, qui a le dépôt de l'Enseignement public ; l'Académie, qui a la direction de la langue française ; l'École des chartes, qui a la lecture et l'interprétation de nos vieux manuscrits, s'écrient en même temps et tout d'une voix :

Le français n'est qu'une dérivation et une corruption du latin !

Mais demandez à l’École des chartes, à l'Académie, à l'Université d'expliquer comment et à quelle époque la langue latine s'est imposée aux Gaulois, pour se métamorphoser ensuite en cent patois ou langues romanes — dont l'idiome de l'Ile-de-France, ou le français, fait partie — ; tout le monde gardera le silence !

La philologie française en est donc encore au mysticisme, comme science. Elle accepte la théorie génésiaque du berger de Virgile, qui faisait naître les abeilles du sang corrompu d'un taureau.

Comme le taureau d'Aristée dans la vallée de Tempé, le latin, apporté par les Romains dans la Gaule, y mourut et s'y corrompit. De ses flancs putréfiés s'échappèrent ces abeilles harmonieuses qu'on appelle les dialectes, et dont les essaims, emportés, selon leurs caprices, parmi les moissons des plaines, les fleurs des collines, les saules inclinés des fleuves, ont distillé le miel des poèmes nationaux, tombés des lèvres des Troubadours provençaux, des Trouvaires normands, ou des Jouglars de la Catalogne.

Si la science philologique pouvait vivre de fables, celle-là en vaudrait bien une autre ; mais les langues, comme toutes les autres attributions de l'intelligence et de l'activité humaines, ont leurs lois positives de maintien, de propagation ou de chute ; si bien que pour expliquer l'existence, la nature, le rôle, soit de la langue française, soit des cent dialectes qui se parlent, en France, autour d'elle, il faut se créer une doctrine philologique fondée sur l'histoire, et non sur des fictions.

Oui, Valère Maxime le dit, saint Augustin le confirme et l'histoire le prouve, les Romains imposèrent aux nations soumises l'usage du latin comme langue légale, dans les relations de gouvernement à gouvernement; ils firent ce qu'ont fait après eux Guillaume le Bàtard en Angleterre, les Croisés à Jérusalem ; mais forcer les nations vaincues à changer de langue, les Romains ne le tentèrent même pas, car les hommes sensés ne tentent pas l'impossible et l'absurde.

Et non seulement les Romains n'imposaient pas la langue latine en dehors de l'emploi légal qu'en comportait l'application des lois, mais il était formellement interdit aux villes italiennes qui n'avaient pas le droit de cité complet de s'en servir pour des usages publics et officiels, sans l'autorisation du sénat.

C'est ce qui résulte clairement de l'autorisation demandée à cet effet, et obtenue par la ville de Cumes, l'an de Rome 572, ou 180 ans avant l'ère vulgaire.

La ville de Cumes avait obtenu, l'an de Rome 419, le droit de cité romaine, sans suffrage. Ses habitants n'étaient donc pas de vrais citoyens romains ; ils n'étaient, à ce titre, inscrits dans aucune tribu, et ils ne pouvaient se prévaloir d'aucun des droits civils attachés au titre de citoyen par les lois romaines. En cette situation, et au nom de leur constante fidélité, ils demandèrent une faveur qui devait rehausser l'autorité morale de leur cité — c'était le droit d'employer la langue latine dans les actes publics et dans les ventes à l'encan.

Le sénat accorda la demande des Cumains (2).

Ainsi, l'usage de la langue latine dans des actes publics impliquait, pour les individus comme pour les villes, la participation la plus complète aux droits de cité romaine ; l'un n'allait pas sans l'autre. Le sénat était si avare de ces prérogatives, qu'il avait établi comme quatre degrés préparatoires à l'initiation au droit de cité romaine, qui étaient les titres de : ville libre, ville alliée, ville à droit latin, et ville à droit de cité, sans suffrage. Toutes ces villes étaient condamnées à l'usage de leurs langues locales. C'est ce qui explique pourquoi toutes les inscriptions italiennes des monuments ou des monnaies sont en langue osque, ombrienne, étrusque, falisque ou gauloise jusqu'à la fin de la guerre Sociale, qui donna aux alliés le droit de cité romaine, et, avec le droit de cité, l'usage légitime de la langue latine.

La connaissance de ces faits relègue donc au pays des rêves les doctrines de ceux qui croient que les Romains allaient imposant partout la langue latine autour d'eux. Non seulement ils ne l'imposaient à qui que ce fût, en dehors des cas précis et restreints prévus par la loi ; mais ils n'en permettaient l'usage public et officiel qu'à des personnes ou à des villes placées dans des conditions rigoureusement définies.

Il en est de même de la propagation de la langue latine dans les Gaules, attribuée par quelques personnes aux colonies qu'y établirent les Romains. « Leurs armées victorieuses, a-t-on dit, laissèrent après elles des colons, qui répandirent de tous côtés les coutumes, les lois et le langage des vainqueurs (3). »

Encore des chimères.

En ce qui touche les colons, les armées romaines n'en laissaient aucun après elles. C'était le sénat qui décrétait les colonies, et qui les envoyait établir solennellement par des commissaires.

Il y en avait ONZE dans toute la Gaule. Pline en a dressé la liste et les noms (4) :

Trois étaient dans la Gaule Belgique ; une seule dans la Gaule Celtique ou Lyonnaise ; sept dans la Narbonnaise.

L'Aquitaine d'Auguste, c'est-à-dire le pays entre la Loire et les Pyrénées, n'en avait pas une seule.

Pour devenir colon, il fallait être non pas seulement Romain, mais citoyen romain et légionnaire vétéran.

La légion romaine, au complet, était de 4 000 hommes. En supposant qu'elle n'eût pas perdu un seul soldat, en 20 ans, une légion ne pouvait donc pas donner plus de 4 000 vétérans à une colonie. En moyenne, les vétérans fournis par une légion ne dépassaient pas 2 000 hommes.

C'étaient, pour onze colonies établies dans la Gaule, 22 000 vieux soldats complètement illettrés, appartenant, depuis l'époque de César, à toutes les parties de l'Italie, en parlant 'tous les patois, et cantonnés de la manière suivante : 6 000 aux bords du Rhin; 2 000 à Lyon; 14 000 entre Narbonne et les Alpes.

Pas un seul dans les autres parties de la Gaule, c'est-à-dire dans les vastes pays nommés plus tard la Bourgogne, la Lorraine, la Champagne, l'Ile-de-France, la Picardie, la Normandie, la Bretagne, le Poitou, le Limousin, l'Auvergne, le Velay, le Rouergue, le Périgord, la Guyenne, la Gascogne, le Béarn, le Languedoc, depuis la Garonne jusqu'à Narbonne.

Et cependant, que de gens considèrent les patois parlés dans tous ces pays comme dérivant du latin, apporté par les vétérans !

Voilà pour les colons, que les armées romaines auraient laissés après elles.

Pour ce qui est des lois, les armées romaines n'en laissaient pas davantage.

Seuls, les citoyens romains avaient le droit d'user des lois romaines, qui étaient personnelles, non territoriales.

Ce n'est qu'à partir d'Antonin le Pieux, par la loi in Orbe romano, que les Gaulois libres devinrent citoyens romains, et usèrent des lois romaines.

En résumé, le simple bon sens, éclairé par l'histoire générale, suffit pour faire considérer comme entièrement romanesque la théorie qui montre le gouvernement romain imposant l'usage du latin dans la Gaule, et substituant cette langue étrangère à la langue nationale de nos ancêtres.

Cette théorie, qui ne repose sur aucune preuve, et qui est d'ailleurs contraire à des faits considérables et matériellement établis, tels que le maintien complet de la langue gauloise pendant et après la domination romaine, a contre elle d'un autre côté des arguments péremptoires.

D'abord, elle choque grossièrement la raison, en supposant qu'une des plus grandes nations de la terre a changé sa langue contre une autre, sans que l'ou dise quand, comment et pourquoi.



Ensuite, elle ne résout aucune des questions inhérentes au problème ; elle n'explique :

Ni pourquoi tant de mots grecs, qui ne sont pas dans le latin, se trouvent dans tous les dialectes populaires de la Gaule, à l'est comme à l'ouest, au nord comme au midi, au centre comme à la circonférence ;

Ni pourquoi, en apprenant le latin, les Gaulois auraient radicalement changé sa grammaire, rejetant son système de déclinaison, son système de conjugaison, son système de syntaxe, et leur en substituant d'absolument contraires; œuvre admirable d'unité, dans toute la Gaule ; œuvre surhumaine, que toutes les académies de la terre n'auraient pas réalisée, et qu'on suppose accomplie par sept millions de paysans illettrés, divisés par des forêts impénétrables, des fleuves immenses ; paysans dont la plupart ignoraient les noms les uns des autres, et qui par conséquent ne s'étaient jamais ou concertés, ou connus :

Ni enfin pourquoi les Romains, s'ils avaient imposé le latin aux Gaulois, ne l'auraient pas également imposé à tous les autres peuples soumis à leur domination, aux Illyriens, aux Dalmates, aux Épirotes, aux Pannoniens, aux Mésiens, aux Grecs, aux Carthaginois, aux Juifs, aux Arméniens, aux Égyptiens ; peuples secondaires par rapport aux Gaulois, et dont aucun n'a perdu sa langue nationale.

Cette théorie est donc illogique, absurde, impossible.

C'est pourquoi il faut nécessairement l'éliminer, sous peine de fermer les yeux devant les enseignements de la logique et de l'histoire, et demander à un autre ordre d'idées et de faits l'explication de la présence dans la langue française et dans nos dialectes nationaux d'un certain nombre de mots qui se trouvent aussi dans la langue latine et dans la langue grecque.

Notez d'ailleurs que la théorie classique adoptée pour expliquer la présence de ces mots dans le français remplit fort mal son office. En effet, si elle dit d'où viennent certains mots qui sont dans le latin, elle ne dit nullement d'où viennent certains autres mots qui n'y sont pas.

D'où viennent chemin, lande, guéret gibier, folie, vieillard ?

D'où viennent joli, ancien, grimacier, sérieux, bavard, coquet ?

D'où viennent marcher, briller, choisir, flétrir, bruire, craindre ?

D'où viennent désormais, davantage, bientôt, jamais, presque, aisément ?

D'où viennent avec, chez, selon, derrière, parmi, après ?

On ferait ainsi en substantifs, adjectifs, verbes, adverbes, prépositions, un vocabulaire comprenant, en mots simples, au moins la moitié de la langue française. Eh bien, interrogée sur la nature et l'origine de ces mots, la théorie qui dérive le français du latin reste muette et impuissante, car le latin ne les contient pas.

Ce n'est pas tout encore. La moitié des mots de la langue française se trouvent à la fois dans la langue italienne et dans la langue espagnole, sans se trouver dans la langue latine. Comment cela a-t-il pu se faire? Est- ce que les Français sont allés apprendre l'italien et l'espagnol ; ou bien, est-ce que les Espagnols et les Italiens sont venus apprendre le français? a-t-on jamais vu des Vénitiens ou des Andalous venant à Brive apprendre des mots limousins ? a-t-on jamais vu des Auvergnats ou des Béarnais allant à Sienne ou à Saint-Jacques de Compostelle apprendre des mots toscans ou galiciens ?

Il y a pourtant là des problèmes philologiques du premier ordre. Comment les résout la théorie classique, qui fait tout venir du latin de César et du grec de Marseille ? — Elle se tait !

Donc, encore une fois, cette théorie doit être éliminée comme impuissante ; et il faut, pour expliquer les faits qu'elle n'explique pas, lui en substituer une autre, qui satisfasse à la fois la raison, la philologie et l'histoire.

Cette théorie nouvelle, de grands esprits, des érudits du premier ordre, Leibnitz, dom Jacques Martin, dom Paul Pezron, l'ont entrevue.

Elle consiste à expliquer la communauté du langage par la communauté de l'origine, et à dire que s'il y a du grec, du latin, de l'italien, de l'espagnol dans tous les idiomes de la Gaule, c'est que les Gaulois, les Espagnols, les Italiens, les Latins et les Grecs Pélasges sont des rameaux dérivés primitivement de la même tige.

En effet, nation et langue sont des termes synonymes.

Telle est la théorie que ce livre essaiera de substituer à celle que les générations lettrées se transmettent depuis trois siècles.

Tous les problèmes qui demeurent inexplicables avec la dérivation deviennent simples, logiques, rationnels avec la communauté d'origine.

Ainsi, la communauté d'origine explique :

Pourquoi, de tous les pays soumis par les Romains, l'Italie, l'Espagne et la France sont les seuls dont les langues aient des mots latins ; car ces pays sont les seuls qui aient été peuplés par les Gaulois ;

Pourquoi, de tous les idiomes parlés en Espagne, le basque est le seul qui n'ait pas de mots latins, car les Basques n'appartiennent pas à la race gauloise ;

Pourquoi les inscriptions antiques de l'Italie, bien antérieures à César, celles des Ombriens, des Samnites, des Osques, des Étrusques sont remplies de mots appartenant aux dialectes actuels des Languedociens, des Gascons, des Limousins, des bas Bretons, des Français, de même que tous les patois modernes de l'Italie et de l'Espagne sont les mêmes que les nôtres, car l'identité de race rend naturelle l'identité de langue.

Enfin, elle explique pourquoi les idiomes de l'Italie, de l'Espagne et de la Gaule ont des mots appartenant aux Latins, sans avoir la grammaire des Romains, car les Latins étaient Italiens ; tandis que les Romains, quoique mêlés aux Latins, étaient Grecs d'origine, et qu'ils formèrent leur langue littéraire avec la grammaire grecque, étrangère au génie des idiomes italiques.


Tous ces aperçus veulent être prouvés et par la philologie et par l'histoire. La théorie de la dérivation est restée à l'état d'hypothèse ; celle de la communauté d'origine doit arriver à l'état de démonstration.

Ce livre, où l'auteur s'est imposé cette tâche, est le fruit de plus de trente années d'études et de méditations. Il espère que les lecteurs s'en apercevront.

Entré dans une voie qui avait été signalée par de grandes intelligences, mais qui n'avait encore été parcourue par personne, l'auteur se savait condamné à se heurter aux doctrines d'un très grand nombre de savants, justement en possession de la considération publique. S'il a osé penser autrement qu'eux, c'est que le monde des lettres, en prenant le nom de république, a donné carrière, plus largement qu'aucun autre, à la liberté des intelligences.

L'auteur présente donc son livre avec modestie mais avec confiance au tribunal de ses juges naturels, certain d'y trouver l'adhésion des hommes éclairés, dans la mesure où son travail en sera digne.

En examinant tant de questions, en alléguant tant de faits, en réunissant tant de textes, l'auteur, quoiqu'il ait tout lu de ses yeux, tout transcrit de sa main, aura certainement laissé échapper bien des fautes. Il s'en rapporte aux lecteurs instruits et indulgents pour les corriger.


(1) Dom Rivet, le savant bénédictin auteur des IX premiers volumes de l’Histoire littéraire de la France, a formulé et développé la doctrine dans l'Avertissement placé en tête du tome VII.
Roquefort, Raynouard et l’Université se sont bornés à reproduire sa doctrine et ses arguments.

(2) Voici comment s'exprime Tite-Live : « Cumanis eo anno petentibus permissum, ut publice latine loquerentur, et praeconibus latine vendendi jus esset. » — Tit. Liv. Histor., lib. XL, cap. 42. — Voir aussi lib. VIII, cap. 14.

(3) Francis Wey, Des révolut. du langage en France, chap. 1er.

(4) Plin., Hist. natur., lib, III, cap. 33. — Lib. IV, cap. 31.


Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:05
La clef du vieux français

A l’époque de la conquête romaine, notre pays parlait le gaulois qu’on nommait aussi galou ou langue galote. Plus tard, quand le latin, qui était la langue de l’administration, du prétoire et de l’école, commença à se répandre parmi les classes élevées de la nation, il y eut une véritable lutte entre l’idiome du vainqueur et celui du vaincu, et ce fut celui-ci qui triompha. Il reçut sans doute de nombreuses blessures pendant cette mêlée de cinq siècles, mais ses parties vives ne furent pas atteintes, comme il est facile de le constater en étudiant avec soin les poèmes du douzième et du
treizième siècle. L’élément latin s’y trouve infiniment plus faible que l’élément gaulois, et l’on observe partout que notre article a résisté à la déclinaison latine et ne lui a jamais laissé prendre sa place.

Trois choses paraissent avoir trompé la nouvelle école : 1° la ressemblance des langues méditerranéennes et du latin ; 2° le mélange du latin et du français dans nos vieilles chartes ; 3° le bas-latin qu’elle a regardé comme du latin populaire, tandis qu’il n’est, en réalité, que du gaulois latinisé.

Cette ressemblance lui a fait croire que l’italien, l’espagnol et le français venaient du latin.

Ce mélange lui a fait à ce point illusion qu’elle n’a vu partout, dans le français, que du latin évolué.

Le bas-latin, enfin, l’a aidée à bâtir son système, qui repose tout entier sur cette triple erreur.

 

(Jean Espagnolle, La Clef du vieux français, 1890.)

 

 

Par Gilles Gomel - Publié dans : Jean Espagnolle
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:00

 

 

Le principe de parcimonie

Si, comme le soutiennent les érudits, ils parlaient à l'origine une langue "celtique" (leur mot pour désigner les langues apparentées au gallois, au breton, au cornique, au gaélique écossais, etc., et que nous continuerons d'employer ici puisque c'est malheureusement celui avec lequel sont familiarisés bon nombre de lecteurs), cela suppose que les Français ont à leur actif trois changements de langue successifs, ce qui est tout bonnement impressionnant. Ils commencent par parler celte ; durant quelques siècles, ils passent à une langue complètement différente, le latin ; et depuis une période plus longue de quelques siècles ils parlent une troisième langue, le français. Les habitants du sud de la France pourraient même dire qu'ils ont connu quatre transferts linguistiques, puisque dans un grand nombre de régions on y a parlé l’occitan avant de parler français. (...) Mais les Français, qui, comme ils ne manquent jamais une occasion de nous le faire savoir, sont une race d’une intelligence hors du commun, sont tout à fait capables d'effectuer un nombre indéfini de transferts de langue sans sourciller. Pourquoi ils se sont mis en tête d’endurer un processus aussi fastidieux, ça, c'est une autre affaire. Mais, après tout, comme nous Anglais ne manquons jamais une occasion de le leur faire savoir, les Français sont une race d’une stupidité hors du commun.

Mon avis, mais faites-en ce que vous voulez, est que les Français parlaient français à l'origine. De là, ils sont passés au français à un certain moment de l'époque romaine. Sous la domination franque, ils se sont mis au français, pour finalement adopter le français. Le seul changement linguistique notable est celui qu'a connu la population du sud de la France en abandonnant graduellement l'occitan au profit du dialecte septentrional à mesure que s’affirmait la prédominance culturelle et politique de Paris, tout comme la population du nord de la Grande-Bretagne a adopté l'anglais méridional à mesure que s’est affirmée la prédominance de Londres. Ah oui, et bien sûr le cline linguistique français-celtique en Bretagne armoricaine s’est déplacé graduellement, mais inexorablement, vers l'ouest, tout comme le fit le cline linguistique anglais-celtique en Cornouailles, au pays de Galles, en Ecosse et en Irlande. Finalement, ces Français ne sont pas aussi malins qu'ils se plaisent à le dire, ni aussi sots que nous nous plaisons à le dire. En fait, ils sont tout comme nous (quelle horrible pensée !).

(Michael John Harper, The History of Britain Revealed.)


 

history.jpg

 


Par Gilles Gomel
Voir les 0 commentaires
Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 08:55
Le français ne vient pas du latin !

C’est la découverte du livre d’Yves Cortez Le français ne vient pas du latin ! Essai sur une aberration linguistique qui m’a incité à ouvrir ce site. La thèse qu’il défend, pour autant que son titre la résume, n’est pas nouvelle, comme l’attestent les références ci-contre. Mais le développement qu’en fait Cortez est une excellente entrée en matière, dont il faut en encourager la lecture. Et c’est un indéniable avantage que son livre soit aisément accessible (1), car ce n’est pas le cas de ceux de ses devanciers : Granier de Cassagnac et Espagnolle ont été relégués parmi les fous littéraires, et Harper n’a toujours pas d’éditeur en France. J’espère contribuer, grâce à ce blog, à réparer cette injustice en leur faisant quelque publicité et en montrant qu’Yves Cortez gagnerait beaucoup à les lire.

Car, s’il fait définitivement un sort au dogme selon lequel les langues dites romanes — portugais, espagnol, français, italien, voire roumain (il ne mentionne ni le catalan ni l’occitan) — seraient issues du latin, langue que, comme le veut ce dogme, auraient diffusée dans l’empire les soldats, les marchands et les colons romains aux temps de la conquête et de l’occupation, Cortez commet l’erreur de lui substituer un hypothétique "italien ancien" qui aurait été propagé dans les mêmes conditions et avec le même succès dans l’entièreté de la Gaule et de la péninsule Ibérique, Pays basque excepté. Sans parler de l’Italie elle-même, puisque cet italien ancien, sorti on ne sait d’où, aurait eu raison des différents dialectes qu’il s’y parlait, à savoir le gaulois, l’ombrien, l’osque, voire l'étrusque.

C’est plutôt surprenant, puisque Cortez lui-même nous explique que les langues évoluent très lentement. Pour cela, il invoque divers exemples "probants et incontestables" comme l’arabe ou le chypriote. Et de conclure : "Le cas chypriote montre une fois encore qu’une langue soumise à de nombreuses influences extérieures peut rester intacte malgré des siècles de suprématie étrangère."

Comment, dès lors, expliquer que les populations de France, d’Espagne et d’Italie aient pu, comme un seul homme, et dans un laps de temps plutôt réduit, renoncer à leurs propres idiomes au profit de celui du vainqueur, sans que celui-ci, d’ailleurs, ait tenté le moins du monde de leur imposer ce tour de force ?

Personne n’a jamais pu expliquer ce phénomène unique à propos de la prétendue transmission du latin, et Yves Cortez ne ferait pas mieux avec son "italien ancien" si seulement il voulait s’y essayer. Oui, il y avait un italien ancien au temps de Rome, mais il était constitué des dialectes que j'évoquais précédemment, comme il y avait en Gaule un français ancien que Jules César, dans la Guerre des Gaules, subdivise en trois grands dialectes : l’aquitain, le gaulois ou celte et le belge. Polybe ajoute le vénète (il s’agit du breton) et le provençal. Ces grands dialectes, qui rassemblaient d’innombrables patois, n’ont pas disparu avec la conquête. Beaucoup ont survécu jusqu’à nos jours, même si le patois de l’Île-de-France a, progressivement, pris le pas sur les autres. C’est le français d’aujourd’hui.
G.


(1) Le livre est édité par l’Harmattan. Voir également son blog : http://yvescortez.canalblog.com/.


 

(8 mai 2008, revu et corrigé en mars 2010.)

Par Gilles Gomel
Voir les 0 commentaires

La raison d'être de ce blog est de faire connaître, en les rendant directement accessibles, les écrits de ceux qui, tels Adolphe Granier de Cassagnac il y a un siècle et demi ou, naguère, Michael John Harper, ont combattu le préjugé selon lequel le français et les langues sœurs seraient dérivés du latin. Faisant la claire démonstration que le néo-latinisme est une doctrine contraire au bon sens, aux témoignages de l'histoire et aux règles élémentaires de la philologie, ces auteurs ont apporté la preuve que le français, à l'instar des autres langues dites romanes, est un idiome fort ancien, qui n'a pu nous être apporté par l'occupant romain.

Dans cette perspective, la partie essentielle de ce site est sa bibliothèque ("Les introuvables"), qui figure ci-dessous.

 

 
Les introuvables

  


Adolphe Granier de Cassagnac

   

Une critique d'Essai sur la littérature italiennne, d'Estelle d'Aubigny, parue dans la Presse du 12 août 1839. (ICI)


Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

  
Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II (ICI) 
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV (ICI)
Chapitre V (ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII (ICI)
Chapitre VIII (ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI (ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)

 

    

Eugène Hins

     
"L'opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?

Revue de linguistique et de philologie comparée (1887) (ICI)

"Le genèse de la conjugaison française"

 Revue de linguistique et de philologie comparée (1889) (ICI)  

 

 

Auguste Callet

     
"Le système étymologique de Littré et de son école"
Mercure de France, 16 avril 1911 (article posthume) (ICI)

 
La Légende des Gagats.

Essai sur les origines de Saint-Étienne en Forez,

1866. (ICI)

    


J. Lefebvre (Jean Espagnolle ?)

   
"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie
(1)
 Seconde partie (2)

    

   
Jean Espagnolle


"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888. (ICI)

     

  

J.-L. Dartois (Jean Espagnolle)


Le Néo-latinisme, 1909. (ICI) 

     

    

Michael John Harper  

   

The History of Britain Revealed

 (l'histoire de l'île de Bretagne révélée), 2002-2006. 

J'ai traduit le troisième chapitre consacré aux origines du français, grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)


Contact

 

 

gillesgomel@gmail.com

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés