Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 18:53


Choses lues


« Le projet, à une telle échelle, était neuf. Il reposait d’abord sur l’existence d’une communauté de lettrés, cosmopolite, associant les Italiens Pierre de Pise et Paul Diacre, l’Anglo-Saxon Alcuin, le Wisigoth Théodulf, les Francs Éginhard, Angilbert, etc. Beaucoup sont des clercs, quelques-uns des laïcs, tel Éginhard, le biographe de Charlemagne. Les Anglo-Saxons sont majoritaires et imposent leur langue de culture, ce latin savant, forgé de toutes pièces en Angleterre. La renaissance carolingienne reposa ainsi sur un latin érudit qui facilitait l’arrimage dans le monde antique. »

(Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel, Seuil, 2008.)


§


« Nous ne connaissons pas dans leur texte vrai les écrits latins antérieurs au IVe siècle, car ils furent, à cette époque, récrits en langage moderne, purgés de tout ce qui semblait archaïque dans les mots, dans la syntaxe. Il est très probable que le Virgile que nous lisons ressemble à ce qu’aurait pu être Villon réduit au style et au goût de Malherbe, ou à ce qu’est devenu sous la plume des copistes du XVe siècle le rude Joinville du XIIIe. »

(Remy de Gourmont, Esthétique de la langue française, Paris, 1905.)


(Deux citations sans rapport entre elles. La première est simplement conforme à nos vues. La deuxième, par contre, est étonnante et demande confirmation.)



Par Gilles Gomel
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Mercredi 10 septembre 2008 3 10 /09 /Sep /2008 16:47
Le français « un créole qui a réussi (*) » ?

Les esclaves avaient sans doute beaucoup de difficultés à communiquer entre eux dans leurs langues premières. Le film Racines souligne bien cet aspect dans la scène où l’on voit le héros essayer de soulever contre leurs geôliers ses compagnons d’infortune. Il découvre alors avec désespoir qu’ils ne peuvent se comprendre ; c’est en tambourinant ensemble contre les parois du navire qu’ils vont exprimer leur commune révolte. L’usage des langues africaines était d’ailleurs interdit dans les « habitations ». En outre, dans l’ensemble d’une colonie, l’importance numérique de telle ou telle « nation » (avec toutes les réserves que suscite souvent ce terme) ne doit pas faire illusion. Le cloisonnement des « habitations » qui vivent en quasi-autonomie et l’interdiction de circulation des esclaves font que des esclaves d’une même ethnie qui sont chez des propriétaires différents n’ont que peu d’occasions de se rencontrer et, moins encore, de converser.

Tous ces facteurs font que les langues serviles n’ont laissé que peu de traces repérables dans les créoles. A cet égard, le réunionnais est sans doute le parler où l’on devrait logiquement trouver les marques les plus nettes de l’influence d’une langue servile, puisque, dans la période initiale de la colonie, les esclaves malgaches ont été numériquement très dominants : en 1704, ils forment plus de 50 % du groupe servile non créole et il y a des familles d’esclaves où le père et la mère sont malgaches. Le pourcentage d’esclaves malgaches restera toujours important, surtout chez les femmes. A la différence des Africains de l’Ouest amenés aux Antilles, ces esclaves malgaches parlaient, grosso modo, la même langue ou des variétés dialectales voisines (antanosy, betsimisaraka, antaimoro). Mieux encore, on dispose d’une description excellente du malgache parlé au XVIIe siècle grâce aux ouvrages de Flacourt et, en particulier, à son Dictionnaire de langue de Madagascar (1658). Or si le créole réunionnais possède une centaine de mots d’origine malgache et si l’on trouve dans la culture locale bon nombre de traits qui sont venus de la Grande Ile, le système linguistique ne présente que très peu de faits qui puissent être rapprochés de traits du malgache.



Un caractère essentiel de la population noire est généralement ignoré et omis. La majorité  des esclaves était très jeune et se constituait, selon nos critères actuels, d’enfants ou d’adolescents. La recherche systématique des sujets jeunes avait deux raisons majeures : la rentabilité et l’adaptabilité. Non seulement l’achat d’un sujet enfant ou adolescent faisait espérer une durée d’exploitation plus longue, mais elle garantissait une plus grande capacité d’adaptation à la vie servile. Là encore, il suffit de lire les textes anciens pour voir souligné cet aspect, non sans cynisme :

« Les enfants de dix à quinze ans font les meilleurs captifs que l’on puisse conduire en Amérique. Les Portugais n’en prennent que de cet âge. (…) On a du moins l’avantage de les élever comme on veut, on leur fait prendre tel pli et telles allures qui conviennent à leurs maîtres, ils apprennent plus aisément la langue du païs et les coutumes, ils sont plus susceptibles des principes de la Religion, ils oublient plus aisément le païs natal et les vices qui y règnent, ils s’affectionnent à leurs maîtres, sont moins sujets à aller marrons, c’est-à-dire s’enfuir, que les nègres plus âgés. »

Tout est dit ou presque ; si l’on met à part les allusions à l’évangélisation qui, au XVIIIe siècle, est l’une des justifications classiques de l’esclavage, ces remarques dispensent de tout commentaire sur le rapport évident entre l’âge des esclaves et les modalités de leur adaptation. Les statistiques confirment les témoignages. A Bourbon (la Réunion), plus de 60 % des esclaves amenés entre 1669 et 1714 ont moins de 15 ans ; en Martinique, les travaux de l’abbé David, sur trois paroisses de l’île, montrent qu’entre 1794 et 1829, 59 % des filles introduites par la traite ont entre 10 et 14 ans ; chez les garçons, 46 % ont de 8 à 12 ans et 18 % de 18 à 20 ans. Les adultes de 30 à 40 ans forment moins de 4 % du total.

La jeunesse de la population servile est l’une des causes majeures de la perte des patrimoines culturels non européens, surtout dans le cas des populations africaines. Ces jeunes esclaves, pour la plupart, n’avaient sans doute pas subi les rites d’initiation et étaient donc dans l’incapacité de transmettre ce qu’ils ne connaissaient pas. En revanche, certains éléments culturels qui ne relevaient pas de ce type de transmission ont pu se maintenir (gestes, attitudes, « langage silencieux » selon la terminologie de Hall, etc.)

(Robert Chaudenson, Les Créoles, « Que sais-je ? », Presses universitaires de France, 1995.)

 (*) L’expression est de Bernard Cerquiglini (Une langue orpheline), qui ne craint pas d’ajouter : « Le protofrançais du Xe siècle résulte de la créolisation du latin parlé, au contact du gaulois d’abord, de la langue germanique franque ensuite et principalement. » Tout un programme sur lequel nous aurons plusieurs fois l’occasion de revenir.

Par Gilles Gomel
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La raison d'être de ce blog est de faire connaître, en les rendant directement accessibles, les écrits de ceux qui, tels Adolphe Granier de Cassagnac il y a un siècle et demi ou, naguère, Michael John Harper, ont combattu le préjugé selon lequel le français et les langues sœurs seraient dérivés du latin. Faisant la claire démonstration que le néo-latinisme est une doctrine contraire au bon sens, aux témoignages de l'histoire et aux règles élémentaires de la philologie, ces auteurs ont apporté la preuve que le français, à l'instar des autres langues dites romanes, est un idiome fort ancien, qui n'a pu nous être apporté par l'occupant romain.

Dans cette perspective, la partie essentielle de ce site est sa bibliothèque ("Les introuvables"), qui figure ci-dessous.

 

 
Les introuvables

  


Adolphe Granier de Cassagnac

   

Une critique d'Essai sur la littérature italiennne, d'Estelle d'Aubigny, parue dans la Presse du 12 août 1839. (ICI)


Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

  
Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II (ICI) 
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV (ICI)
Chapitre V (ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII (ICI)
Chapitre VIII (ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI (ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)

 

    

Eugène Hins

     
"L'opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?

Revue de linguistique et de philologie comparée (1887) (ICI)

"Le genèse de la conjugaison française"

 Revue de linguistique et de philologie comparée (1889) (ICI)  

 

 

Auguste Callet

     
"Le système étymologique de Littré et de son école"
Mercure de France, 16 avril 1911 (article posthume) (ICI)

 
La Légende des Gagats.

Essai sur les origines de Saint-Étienne en Forez,

1866. (ICI)

    


J. Lefebvre (Jean Espagnolle ?)

   
"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie
(1)
 Seconde partie (2)

    

   
Jean Espagnolle


"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888. (ICI)

     

  

J.-L. Dartois (Jean Espagnolle)


Le Néo-latinisme, 1909. (ICI) 

     

    

Michael John Harper  

   

The History of Britain Revealed

 (l'histoire de l'île de Bretagne révélée), 2002-2006. 

J'ai traduit le troisième chapitre consacré aux origines du français, grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)


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