Le principe de parcimonie
Si, comme le soutiennent les érudits, ils parlaient à l'origine une langue "celtique" (leur mot pour désigner les langues apparentées au gallois, au breton, au cornique, au
gaélique écossais, etc., et que nous continuerons d'employer ici puisque c'est malheureusement celui avec lequel sont familiarisés bon nombre de lecteurs), cela suppose que les Français ont à
leur actif trois changements de langue successifs, ce qui est tout bonnement impressionnant. Ils commencent par parler celte ; durant quelques siècles, ils passent à une langue complètement
différente, le latin ; et depuis une période plus longue de quelques siècles ils parlent une troisième langue, le français. Les habitants du sud de la France pourraient même dire qu'ils ont connu
quatre transferts linguistiques, puisque dans un grand nombre de régions on y a parlé l’occitan avant de parler français. (...) Mais les Français, qui, comme ils ne manquent jamais une occasion
de nous le faire savoir, sont une race d’une intelligence hors du commun, sont tout à fait capables d'effectuer un nombre indéfini de transferts de langue sans sourciller. Pourquoi ils se sont
mis en tête d’endurer un processus aussi fastidieux, ça, c'est une autre affaire. Mais, après tout, comme nous Anglais ne manquons jamais une occasion de le leur faire savoir, les Français sont
une race d’une stupidité hors du commun.
Mon avis, mais faites-en ce que vous voulez, est que les Français parlaient français à l'origine. De là, ils sont
passés au français à un certain moment de l'époque romaine. Sous la domination franque, ils se sont mis au français, pour finalement adopter le français. Le seul changement linguistique notable
est celui qu'a connu la population du sud de la France en abandonnant graduellement l'occitan au profit du dialecte septentrional à mesure que s’affirmait la prédominance culturelle et politique
de Paris, tout comme la population du nord de la Grande-Bretagne a adopté l'anglais méridional à mesure que s’est affirmée la prédominance de Londres. Ah oui, et bien sûr le cline linguistique
français-celtique en Bretagne armoricaine s’est déplacé graduellement, mais inexorablement, vers l'ouest, tout comme le fit le cline linguistique anglais-celtique en Cornouailles, au pays de
Galles, en Ecosse et en Irlande. Finalement, ces Français ne sont pas aussi malins qu'ils se plaisent à le dire, ni aussi sots que nous nous plaisons à le dire. En fait, ils sont tout comme nous
(quelle horrible pensée !).
(Michael John Harper, The History of Britain Revealed)