Jeudi 14 août 2008
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La clef du vieux français
A l’époque de la conquête romaine, notre pays parlait le gaulois qu’on nommait aussi galou ou langue galote. Plus tard, quand le latin, qui était la langue de l’administration,
du prétoire et de l’école, commença à se répandre parmi les classes élevées de la nation, il y eut une véritable lutte entre l’idiome du vainqueur et celui du vaincu, et ce fut celui-ci qui
triompha. Il reçut sans doute de nombreuses blessures pendant cette mêlée de cinq siècles, mais ses parties vives ne furent pas atteintes, comme il est facile de le constater en étudiant avec
soin les poèmes du douzième et du treizième siècle. L’élément latin s’y trouve infiniment plus faible que l’élément
gaulois, et l’on observe partout que notre article a résisté à la déclinaison latine et ne lui jamais laissé prendre sa place.
Trois choses paraissent avoir trompé la nouvelle école : 1° la ressemblance des langues méditerranéennes et du latin ; 2° le mélange du latin et du français dans nos vieilles chartes ; 3° le
bas-latin qu’elle a regardé comme du latin populaire, tandis qu’il n’est, en réalité, que du gaulois latinisé.
Cette ressemblance lui a fait croire que l’italien, l’espagnol et le français venaient du latin.
Ce mélange lui a fait à ce point illusion qu’elle n’a vu partout, dans le français, que du latin évolué.
Le bas-latin, enfin, l’a aidée à bâtir son système, qui repose tout entier sur cette triple erreur.
(Jean Espagnolle, La Clef du vieux français, 1890.)
Par Gilles Gomel
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Publié dans : Jean Espagnolle
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