Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 13:36

 

Une langue qui en se corrompant en produirait une autre ne saurait produire évidemment qu’une langue de même nature, de même génie, c'est-à-dire ayant la même grammaire.

 

Le latin que les cours de justice s'obstinèrent à employer dans la rédaction de leurs sentences, jusqu’au milieu du seizième siècle, était assurément bien corrompu ; mais, enfin, c'était encore du latin par ce qui constitue l'essence d'une langue, à savoir par les règles grammaticales.

 

Les phrases suivantes, extraites de la révision du procès de Jeanne d'Arc :

 

« Mortuus est faciendo fieri barbam suam », — il mourut en faisant faire sa barbe ;

 

« Bene est servare festa Nostrae Dominae ab uno buto usque ad alium », — il est bon d'observer les fêtes de Notre-Dame d'un bout à l’autre ;

 

« Volebant facere unam escarmoucham », — ils voulaient faire une escarmouche ;

 

Assurément, ces phrases sont écrites en un latin barbare, barbare par l'emploi de mots étrangers à la langue latine, tels que escarmoucha et butum ; barbare par l'emploi de tournures d'un goût absurde, telles que faciendo fieri barbam ; mais enfin, si barbare qu’il soit, ce latin est encore du latin. Les substantifs s'y déclinent suivant la règle des cas ; les verbes s'y conjuguent selon les lois des paradigmes, et les régimes des verbes s'y conforment aux principes de la syntaxe.

 

Tant qu’une langue ne change que son vocabulaire, en gardant sa grammaire, elle reste la même. On en trouve la preuve dans l'adoption d'une grande partie du vocabulaire grec par le latin littéraire, à partir de Térence.

 

C'est donc la grammaire qui constitue l'essence, la nature d'une langue. Max Müller consacre hautement ce principe, avec l'Espagnol Hervas (25) ; et il ajoute, à propos de la grammaire : « Qu’est-ce que la grammaire, si ce n’est la déclinaison et la conjugaison (26) ? »

 

Eh bien, ces principes de philologie simples, évidents, éternels, proclamés par tous les maîtres de la science, excluent d'une manière absolue l'hypothèse d'après laquelle le français, l'italien, l'espagnol seraient nés du latin, car la grammaire de ces trois langues, qui est identiquement la même, est radicalement contraire à la nature de la grammaire latine.

 

(A suivre.)

 

 

Par Gilles Gomel - Publié dans : Granier de Cassagnac
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La raison d'être de ce blog est de faire connaître, en les rendant directement accessibles, les écrits de ceux qui, tels Adolphe Granier de Cassagnac il y a un siècle et demi ou, naguère, Michael John Harper, ont combattu le préjugé selon lequel le français et les langues sœurs seraient dérivés du latin. Faisant la claire démonstration que le néo-latinisme est une doctrine contraire au bon sens, aux témoignages de l'histoire et aux règles élémentaires de la philologie, ces auteurs ont apporté la preuve que le français, à l'instar des autres langues dites romanes, est un idiome fort ancien, qui n'a pu nous être apporté par l'occupant romain.

Dans cette perspective, la partie essentielle de ce site est sa bibliothèque ("Les introuvables"), qui figure ci-dessous.

 

 
Les introuvables

  


Adolphe Granier de Cassagnac

   

Une critique d'Essai sur la littérature italiennne, d'Estelle d'Aubigny, parue dans la Presse du 12 août 1839. (ICI)


Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

  
Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II (ICI) 
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV (ICI)
Chapitre V (ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII (ICI)
Chapitre VIII (ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI (ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)

 

    

Eugène Hins

     
"L'opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?

Revue de linguistique et de philologie comparée (1887) (ICI)

"Le genèse de la conjugaison française"

 Revue de linguistique et de philologie comparée (1889) (ICI)  

 

 

Auguste Callet

     
"Le système étymologique de Littré et de son école"
Mercure de France, 16 avril 1911 (article posthume) (ICI)

 
La Légende des Gagats.

Essai sur les origines de Saint-Étienne en Forez,

1866. (ICI)

    


J. Lefebvre (Jean Espagnolle ?)

   
"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie
(1)
 Seconde partie (2)

    

   
Jean Espagnolle


"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888. (ICI)

     

  

J.-L. Dartois (Jean Espagnolle)


Le Néo-latinisme, 1909. (ICI) 

     

    

Michael John Harper  

   

The History of Britain Revealed

 (l'histoire de l'île de Bretagne révélée), 2002-2006. 

J'ai traduit le troisième chapitre consacré aux origines du français, grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)


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