Dante Alighieri

Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:55

Au début de l'Éloquence vulgaire, Dante dit : « Nous avons en réalité une seconde langue, que les Romains ont appelée “grammaire“. Les Grecs aussi ont une seconde langue, ainsi que d’autres peuples, mais pas tous, car ce n’est que grâce à une longue et intense étude que l’on parvient à en maîtriser les règles et l’esprit.
»

Le mot grammatica fait directement référence à l'écriture. Il est formé sur gramma, « écrit, inscription, acte, lettre, caractère de l’alphabet ; le pluriel ta grammata signifie aussi les lettres (c’est-à-dire la littérature) ; belles-lettres, acte public. R. graphein » (Mourcin).


Cela nous ramène à Granier de Cassagnac :

« On appelait, au douzième et au treizième siècle, hommes lettrés ceux qui savaient le latin. Dans le récit qu’il fait d’une conférence avec le pape Pascal II, qui eut lieu à Langres, vers 1110, Guibert de Nogent dit : La discussion eut lieu, non dans notre langue maternelle, mais dans celle des hommes lettrés. Cette dernière expression était même commune à la langue vulgaire de la France et à celle de l’Italie, car Dante dit des poètes lettrés, pour dire poètes latins. »

Plus loin :

« La lettre ou la lectrure, c’était le latin. Aimé de Varennes, qui composa le Roman de Florimont, déclare qu’il traduit de lettre, pour dire qu’il traduit du latin :

                            L’estoire (…)
                            Ainsi comme il l’avait aprise
                            L’a de lettre en romans mise. »
 

Et encore :

«  Pour Suétone, ne pas décliner, ne pas conjuguer à la grecque ou à la romaine, c’était ne pas avoir de grammaire.

« Le patois latin antique était donc considéré comme un idiome n’ayant pas de grammaire. Il en était de même des patois italiens au Moyen Âge.

«  Du temps de Dante et de sainte Catherine de Sienne, écrire le latin littéraire se disait écrire selon la grammaire : Dicevasi scrivere per grammatica lo scrivere latinamente. — Girolamo Gigli, Vocab. Caterin., verbo Lettara. »








 

Par Gilles Gomel - Publié dans : Dante Alighieri
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 12:52


Une théorie de l’éloquence en langue vulgaire n’a jamais été élaborée jusqu’à aujourd’hui, comme nous pouvons facilement le constater, bien qu’une connaissance approfondie de cette discipline soit indispensable à tous (…).

Nous appelons vulgaire la langue que les enfants, au moment où ils commencent à articuler des sons, apprennent des personnes de leur entourage ; bref, le vulgaire est la langue que nous avons assimilée en imitant notre nourrice et sans suivre aucune règle. Nous avons en réalité une seconde langue, que les Romains ont appelée « grammaire ». Les Grecs aussi ont une seconde langue, ainsi que d’autre peuples, mais pas tous, car ce n’est que grâce à une longue et intense étude que l’on parvient à en maîtriser les règles et l’esprit.

La langue vulgaire est la plus noble de ces deux langues, parce que c’est la première langue parlée par le genre humain, parce que le monde entier s’en sert (avec des prononciations et des mots différents, il est vrai) et parce que c’est la manière naturelle de s’exprimer, tandis que l’autre langue est artificielle.


(Dante Alighieri, De l’éloquence en langue vulgaire, I, i, trad. Roberto Barbone & Antonio Staüble, Paris, 1996.)


 




Par Gilles Gomel - Publié dans : Dante Alighieri
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La raison d'être de ce blog est de faire connaître, en les rendant directement accessibles, les écrits de ceux qui, tels Adolphe Granier de Cassagnac il y a un siècle et demi ou, naguère, Michael John Harper, ont combattu le préjugé selon lequel le français et les langues sœurs seraient dérivés du latin. Faisant la claire démonstration que le néo-latinisme est une doctrine contraire au bon sens, aux témoignages de l'histoire et aux règles élémentaires de la philologie, ces auteurs ont apporté la preuve que le français, à l'instar des autres langues dites romanes, est un idiome fort ancien, qui n'a pu nous être apporté par l'occupant romain.

Dans cette perspective, la partie essentielle de ce site est sa bibliothèque ("Les introuvables"), qui figure ci-dessous.

 

 
Les introuvables

  


Adolphe Granier de Cassagnac

   

Une critique d'Essai sur la littérature italiennne, d'Estelle d'Aubigny, parue dans la Presse du 12 août 1839. (ICI)


Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

  
Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II (ICI) 
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV (ICI)
Chapitre V (ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII (ICI)
Chapitre VIII (ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI (ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)

 

    

Eugène Hins

     
"L'opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?

Revue de linguistique et de philologie comparée (1887) (ICI)

"Le genèse de la conjugaison française"

 Revue de linguistique et de philologie comparée (1889) (ICI)  

 

 

Auguste Callet

     
"Le système étymologique de Littré et de son école"
Mercure de France, 16 avril 1911 (article posthume) (ICI)

 
La Légende des Gagats.

Essai sur les origines de Saint-Étienne en Forez,

1866. (ICI)

    


J. Lefebvre (Jean Espagnolle ?)

   
"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie
(1)
 Seconde partie (2)

    

   
Jean Espagnolle


"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888. (ICI)

     

  

J.-L. Dartois (Jean Espagnolle)


Le Néo-latinisme, 1909. (ICI) 

     

    

Michael John Harper  

   

The History of Britain Revealed

 (l'histoire de l'île de Bretagne révélée), 2002-2006. 

J'ai traduit le troisième chapitre consacré aux origines du français, grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)


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