Au début de l'Éloquence vulgaire, Dante dit : « Nous avons en réalité une seconde langue, que les Romains ont appelée “grammaire“. Les Grecs aussi ont une seconde langue, ainsi que d’autres peuples, mais pas tous, car ce n’est que grâce à une longue et intense étude que l’on parvient à en maîtriser les règles et l’esprit. »
Le mot grammatica fait directement référence à l'écriture. Il est formé sur gramma, « écrit, inscription, acte, lettre, caractère de l’alphabet ; le pluriel ta grammata signifie aussi les lettres (c’est-à-dire la littérature) ; belles-lettres, acte public. R. graphein » (Mourcin).
Cela nous ramène à Granier de Cassagnac :
« La lettre ou la lectrure, c’était le latin. Aimé de Varennes, qui composa le Roman de Florimont, déclare qu’il traduit de lettre, pour dire qu’il traduit du latin :
L’estoire (…)
Ainsi comme il l’avait aprise
L’a de lettre en romans mise. »
Et encore :
« Pour Suétone, ne pas décliner, ne pas conjuguer à la grecque ou à la romaine, c’était ne pas avoir de grammaire.
« Le patois latin antique était donc considéré comme un idiome n’ayant pas de grammaire. Il en était de même des patois italiens au Moyen Âge.
« Du temps de Dante et de sainte Catherine de Sienne, écrire le latin littéraire se disait écrire selon la grammaire : “Dicevasi scrivere per grammatica lo scrivere latinamente.“ — Girolamo Gigli, Vocab. Caterin., verbo Lettara. »