Jean Espagnolle

Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 11:43

 

 

Monsieur-Daron.jpg

 

 

Par Gilles Gomel - Publié dans : Jean Espagnolle
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 11:40

 

Pantagruel rencontre un soir, aux portes d’Orléans, certain écolier à qui il demande d’où il vient, et celui-ci lui répond : « De l’alme, inclyte et célèbre académie que l’on vocite Lutèce. » Le dialogue se poursuit longtemps sur ce ton, et, à la fin, Pantagruel impatienté d’entendre un tel charabia dit à l’écolier : « Par Dieu, je vous apprendrai à parler ; mais devant respond moi, d’ond es-tu ? — L’origine primeve de mes aves et ataves fut indigene des régions Lemoviques, ou requiesce le corpore de l’agiotate sainct Martial. — J’entends, dit alors Pantagruel, tu es Limosin pour tout potage, et tu veux ici contrefaire le Parisian. Or, vien ça que je te donne un tour de peigne. » Et il lui saute à la gorge. L’écolier crie aussitôt : « Hau, hau, laissas a quo, au nom de Dious, et ne me toucas grou. » A quoi dit Pantagruel : « A cest heure parles tu naturellement. »

Cette scène amusante dépeint à merveille ce qui est arrivé à nos premiers auteurs français : comme le latin était alors la langue savante de la Gaule et la seule qu’on y écrivait, ces malheureux rougirent de leur propre idiome et voulurent latiniser à leur tour ; mais, la phrase longue, synthétique et inversive des Romains allant mal à leur génie alerte et vif, ils lui donnèrent la tournure gauloise et remplacèrent sans gêne, par des mots nationaux, les mots latins qu’ils ignoraient : de là cet amalgame étrange, ce bariolage choquant de latin et de gaulois qu’on rencontre dans les premiers monuments de notre langue.  Cela n’est pas plus le français primitif que le français du Limousin, rabroué par Pantagruel, n’est celui du seizième siècle.

Dans le Béarn, on nomme, par moquerie, francimants les hommes qui ont la prétention de parler le français sans le savoir. Dans un sens analogue, nos premiers écrivains gaulois étaient des latinants, s’il est permis d’user de ce barbarisme.

Pourquoi, par exemple, l’auteur de la Chanson de Roland emploie-t-il : ferir, ocire, tolir, entendre, c’est-à-dire ferire, occidere, tollere, intendere, quand sa langue lui fournit : frapper, tuer, embler, oïr ? Pourquoi se sert-il encore de ces mots latins : iloec, frunt, vis, ire, dulur, senestre, estultie, quand il a sous la main dans sa langue maternelle : là, antix, cara, cole, ache, gauche, folie ? Pourquoi ? parce que c'est un latinant, comme le Limousin de Rabelais. Les troubadours et les trouvères furent, à proprement parler, les premiers écrivains français, parce qu’ils se servirent sans vergogne de la langue commune, c’est-à-dire du galou. Plus un auteur de notre pays néglige l’élément latin, et plus il est original, piquant et savoureux. Le charme de La Fontaine vient en grande partie de là. (…)

(Jean Espagnolle, la Clef du vieux français.)

 


Par Gilles Gomel - Publié dans : Jean Espagnolle
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:05
La clef du vieux français

A l’époque de la conquête romaine, notre pays parlait le gaulois qu’on nommait aussi galou ou langue galote. Plus tard, quand le latin, qui était la langue de l’administration, du prétoire et de l’école, commença à se répandre parmi les classes élevées de la nation, il y eut une véritable lutte entre l’idiome du vainqueur et celui du vaincu, et ce fut celui-ci qui triompha. Il reçut sans doute de nombreuses blessures pendant cette mêlée de cinq siècles, mais ses parties vives ne furent pas atteintes, comme il est facile de le constater en étudiant avec soin les poèmes du douzième et du
treizième siècle. L’élément latin s’y trouve infiniment plus faible que l’élément gaulois, et l’on observe partout que notre article a résisté à la déclinaison latine et ne lui a jamais laissé prendre sa place.

Trois choses paraissent avoir trompé la nouvelle école : 1° la ressemblance des langues méditerranéennes et du latin ; 2° le mélange du latin et du français dans nos vieilles chartes ; 3° le bas-latin qu’elle a regardé comme du latin populaire, tandis qu’il n’est, en réalité, que du gaulois latinisé.

Cette ressemblance lui a fait croire que l’italien, l’espagnol et le français venaient du latin.

Ce mélange lui a fait à ce point illusion qu’elle n’a vu partout, dans le français, que du latin évolué.

Le bas-latin, enfin, l’a aidée à bâtir son système, qui repose tout entier sur cette triple erreur.

 

(Jean Espagnolle, La Clef du vieux français, 1890.)

 

 

Par Gilles Gomel - Publié dans : Jean Espagnolle
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La raison d'être de ce blog est de faire connaître, en les rendant directement accessibles, les écrits de ceux qui, tels Adolphe Granier de Cassagnac il y a un siècle et demi ou, naguère, Michael John Harper, ont combattu le préjugé selon lequel le français et les langues sœurs seraient dérivés du latin. Faisant la claire démonstration que le néo-latinisme est une doctrine contraire au bon sens, aux témoignages de l'histoire et aux règles élémentaires de la philologie, ces auteurs ont apporté la preuve que le français, à l'instar des autres langues dites romanes, est un idiome fort ancien, qui n'a pu nous être apporté par l'occupant romain.

Dans cette perspective, la partie essentielle de ce site est sa bibliothèque ("Les introuvables"), qui figure ci-dessous.

 

 
Les introuvables

  


Adolphe Granier de Cassagnac

   

Une critique d'Essai sur la littérature italiennne, d'Estelle d'Aubigny, parue dans la Presse du 12 août 1839. (ICI)


Antiquité des patois.
Antériorité de la langue française sur le latin,

1859. (ICI)

  
Histoire des origines de la langue française,
1872
Préface (ICI)
Chapitre premier (ICI)
Chapitre II (ICI) 
Chapitre III (ICI)
Chapitre IV (ICI)
Chapitre V (ICI)
Chapitre VI (ICI)
Chapitre VII (ICI)
Chapitre VIII (ICI)
Chapitre IX (ICI)
Chapitre X (ICI)
Chapitre XI (ICI)
Chapitre XII (ICI)
Chapitre XIII (ICI)

 

    

Eugène Hins

     
"L'opinion que les langues romanes dérivent du latin a-t-elle un fondement historique ?

Revue de linguistique et de philologie comparée (1887) (ICI)

"Le genèse de la conjugaison française"

 Revue de linguistique et de philologie comparée (1889) (ICI)  

 

 

Auguste Callet

     
"Le système étymologique de Littré et de son école"
Mercure de France, 16 avril 1911 (article posthume) (ICI)

 
La Légende des Gagats.

Essai sur les origines de Saint-Étienne en Forez,

1866. (ICI)

    


J. Lefebvre (Jean Espagnolle ?)

   
"Les langues néo-latines",

 La Nouvelle Revue, 1892.
 Première partie
(1)
 Seconde partie (2)

    

   
Jean Espagnolle


"Examen critique des doublets de M. Brachet"
Revue de la Société des études historiques, 1888. (ICI)

     

  

J.-L. Dartois (Jean Espagnolle)


Le Néo-latinisme, 1909. (ICI) 

     

    

Michael John Harper  

   

The History of Britain Revealed

 (l'histoire de l'île de Bretagne révélée), 2002-2006. 

J'ai traduit le troisième chapitre consacré aux origines du français, grâce à l'aide précieuse de Hatty. (ICI)


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